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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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Genèse n° 2

DEUXIÈME GENÈSE SANS DIEUX

Une ambiance de conte russe fantastique, une mise en scène et un texte parsemés d’humour absurde et la parabole de la femme de Loth pour parler d’une genèse sans Dieu, laquelle pourrait bien être une apocalypse sans flamme, sans démon, sans risque, un glissement vers la fin, juste par oubli, par effacement du sens.


Ils sont là et attendent, les trois acteurs et les trois musiciens de Genèse n°2. Un des acteurs se présente. Il est Viripaev, l’auteur. Il nous confie cependant qu’il n’est que simple rapporteur de ce texte qu’Antonina Velikanova, devenue schizophrène, l’a chargé de transmettre en le mettant en scène. L’artifice littéraire typique des romans du 18e siècle ouvre les possibles, multiplie les subjectivités, dilue les responsabilités et nous projette directement dans la littérature.

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Et nous sommes au théâtre…

Antonina est l’auteur, est aussi la femme de Loth, c’est la jeune femme sur la scène. Arcadie Illitch est son psychiatre, c'est aussi Dieu, c’est l’homme sur la scène qui n’est pas Viripaev. Nous sommes en pleine littérature russe fantastique où il faut s’habituer à rencontrer un nez déambulant sur la Perspective Nevski, et à voir un matin, un frère, un père ou un ami se réveiller transformé en cafard.  Et nous sommes toujours en plein théâtre...

Bien installés dans cet univers de fiction protecteur, nous sommes donc prêts à croire et à regarder la femme de Loth espérant, Antonina, la jeune fille, aux prises avec le dieu tyran, Illitch, l’homme qui n’est pas Viripaev, qui veut tout effacer de son mouchoir mouillé, laissant juste la mort, même pas la maladie, ce quelque chose en plus de la mort, qui laisse encore l’espoir. Les deux personnages sont pourtant unis, plusieurs fois et en dernière instance, dans les chants délirants de Viripaev, chantre de l’imagination, de la vision et de la littérature, chantre de l’autre monde qui, au lieu d’être créé par cette genèse 2°, la créé comme œuvre littéraire et pur théâtre, fait de littérature et de liberté.

Genèse n°2 fait ainsi taire involontairement ceux qui opposent écriture et théâtre, et rappelle que l’espace théâtral est un lieu à défendre car il est ce lieu unique, artificiel, fou, anarchique et utopique où on croit en la genèse, non en la première divine, mais en cette deuxième toujours recommencée par l’homme démiurge et espérant, lieu par excellence de la mise en chair des mots d’espoir.

Frédérique MUSCINESI
www.ruedutheatre.info

Genèse n° 2 : Salle Saint Benoit XII, à 15 heures jusqu'au 24 juillet 2007.

Texte: Ivan Viripaev
Mise en scène : Galin Stoev
Acteurs: Céline Bolomey, Vincent Lécuyer, Antoine Oppenheim
Musiciens: Mélanie Evrard, Marine Horbaczewski, Michel Lambert
Scénographie, lumière et vidéo: Saska Louwaard, Katrijn Baeten
Musique originale: Sasha Carlson
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