Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.
Il regarde les femmes passer, il regarde ses pas se fermer et les bouts de ses souliers qui se rejoignent quand il marche en dedans. Et ça forme un triangle isocèle comme lamorce dun sexe féminin sur la peinture des femmes debout, ou comme la projection géométrique de lappareil sexuel masculin. Au résultat, entre les chaussures, la différence sannule. Quand autrefois il bondissait, quand autrefois les pieds se tournaient vers le dehors sans quil y pense, le triangle qui se dessinait entre ses chaussures était scalène ou équilatéral. Aussi a-t-il choisi la direction opposée, et de marche en dedans. La triste époque, verroterie, plastique. Du passé restent les femmes, que ça. Et visant à travers la vitre de sa chambre, il rêve et rit de ce passé et se répète les femmes, avec le plaisir quil y a den parler au pluriel, comme autant de doublons, de boulons qui assènent la chaîne de sa vie.
Son seul dommage fut de venir jusquà la capitale.
Après, par BRUNO BAYEN
Le personnage se rend le 20 janvier.
Sa déclaration du 21 :
« Messieurs, je fus victime du trouble démographique de lépoque. Depuis que la science a vulgarisé la donnée suivante : sur 100 personnes il y a 48 hommes et 52 femmes, jai cru que mon entre guillemets supériorité je nentends par là que les avantages légués malgré nous par lhistoire , réduite à une quantification ne saccompagnant plus daucun privilège qualitatif, consistait tout de même en un libre arbitre du 4 %, la marge de choix qui nous restait. Mais alors mexpliquerez-vous que la donnée massive ne se retrouve pas dans les faits ? Mexpliquerez-vous pourquoi si lon passe de la courbe démographique au système du particulier, je sois un petit actionnaire lésé, toujours à la recherche de son 4 % davantage ?»
Ces propos étaient injurieux. Mais, dirent ces messieurs, que celui qui na jamais péché lui jette la première pierre. La majorité estima sa maladie remboursable. De quoi sagissait-il ? Dune invitation à déménager somme toute, à vivre mieux dans plus grand, plus clair, plus calme.

« Que faire dans la nuit dense peuplée dombres rassurantes ou dans ce jour éblouissant et hostile pour dépenser son trop plein dénergie ? Paul est seul. Solitude pathologique et insoutenable qu se remplit dimages fantasmatiques. Il rêve éveillé dans un quotidien fait de milles gestes anodins ; banalité qui sillumine despoirs insensés. Rencontres, croisements, carrefours dautres solitudes, les femmes passent, flammes fugitives qui réveillent son désir de communiquer et sa soif daimer. »
Mise en scène, scénographie : Alain Timar.
Avec : Paul Camus.
Régie son et lumière : Hugues Le Chevrel.
Costumes, maquillage : Anna Chaulet.
Représentations : janvier 2005 et juillet 2005 (Festival dAvignon).
Théâtre des Halles, 4, rue Noël-Biret
Tél. : 04 32 76 24 51