Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.
« Variations sur le canard » est un spectacle réservé aux fines gueules, à ceux qui dégustent lentement les mets, à ceux qui préfèrent le plaisir délicieux du sourire.
Un petit bijou discret se cache dans lécrin satiné du Big Bang, rue Guillaume-Puy. Au numéro 18. Lorfèvre : David Mamet. Le sertisseur : Charles Lee, de longue date orpailleur obstiné du Festival dAvignon.
Mais cherchez-vous vraiment les pierres précieuses ou préférez-vous le toc ?
La lecture « à blanc » sans incarnation charnelle de la pièce ma inquiété : océan apparent de clichés, daphorismes à la petite semaine, de banalités échangées entre un Durand et un Dupont, un peu comme un Bouvard et un Pécuchet. Platitudes assénées par deux crétins comme des vérités premières. Bref, lennui, quoi
Mais, si on na pas de pantoufles dans la tête, on saperçoit vite que le texte nest que la crête de la vague, que la houle nous emmène vers le grand large, que le ressac inlassable offre à penser, que, au-delà de lécume verbale, David Mamet fait des ricochets avec des cailloux gorgés dhumanité et de musicalité. À vous de les attraper au vol
Ce qui est sûr, cest quil faut un véhicule de luxe pour nous embarquer. Autrement dit : de grands acteurs. Cest le cas, ici.
Patrick Mons, distingué, droit dans son personnage, distille ses répliques comme autant de gourmandises.
Charles Tordjman, grand gourmet verbal devant lÉternel, susurre sensuellement les aphorismes de Mamet avec une discrète voracité.