Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.
Pourquoi vous raconter lhistoire dHamlet ? Shakespeare a touillé dans le chaudron des passions humaines : amours, complots, assassinats, démesure Éros et Thanatos sont prêts pour une longue route. Une route inéluctable. À sens unique.
Immédiatement nous sommes cernés par la tragédie en marche : un peintre (Florica Malureanu) a dessiné lenclos des folies de lhomme, avec une minutie denlumineur. Nous ne sortirons plus du cercle sacré.

Pourquoi analyser, pourquoi disséquer le plaisir ? Pourquoi vouloir comprendre à tout prix ? Vous allez prendre une grande claque en pleine gueule. Vous allez en prendre plein les yeux, plein les oreilles (Horváth Karoly), plein le corps, plein le cur. Un ouragan rageur vous bousculera, vous balaiera, vous emmènera très loin. Ailleurs. Au pays de la Beauté.
La troupe franco-roumano-hongroise de douze comédiens oui, douze ! est totalement engagée dans la bataille théâtrale. Jean-Marc Hérouin impose avec grâce un Claudius de grande classe. Olivier Comte, inouï, bouffonne magistralement un ébouriffant Polonius. Máté P. Gábor rugit, feule, miaule un Hamlet brûlant dont on se souviendra longtemps. Ioana Craciunescu, au port de reine, rend évidente Gertrude, folle damour, tigresse racée prête à sauter sur sa proie. La scène, cest sa tanière. Adriana Butoi nous tétanise avec sa vibrante Ophélie. Keresztes Sándor, Körösi Csaba et Codrina Pricopoaia assument magnifiquement leurs rôles de comparses.
La mise en scène dAnca Bradu est dune limpidité exemplaire.
À ce niveau-là, le théâtre, cest le pain. Cest grâce à des artistes comme ceux de Hamlet.intolérable que je continue de vivre.