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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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InsideOut

TRAJECTOIRES INTIMES

L’œuvre de Sasha Waltz présentée à Avignon a été créée en 2003 à Graz et demeurait inédite en France. Convié à déambuler au milieu des danseurs comme à une exposition, le public gagne en liberté de mouvement. Dommage qu’en retour, il perde le fil d’un spectacle qui par moment se dérobe et se délite peu à peu.

Insideout retourne l’intériorité comme un gant. L’œuvre de Sasha Waltz convie le public à se faire voyant, si ce n’est voyeur. Voyant car il s’agit pour lui de saisir l’invisible. De percer la couche de l’épiderme. D’accéder au recel du for intérieur, l’identité, le vécu. Sasha Waltz, avec ce spectacle qui tient de la performance, voulait rendre au public sa liberté de mouvement.


Plongé dans la pénombre, un hall du parc d’exposition de Châteaublanc à la lisière d’Avignon, se prête à ce dessein. La scénographie de Thomas Schenk y théâtralise le for intérieur. Elle manifeste les allers retours entre l’intime et le public par un dédale futuriste sur deux étages. Il articule espaces larges, ouverts ou clos. Ces derniers sont fermés par des rideaux, des panneaux amovibles. Percés de trappes, de lucarnes, d’orifices. Le public, au gré de ses déambulations, comme à une exposition, se doit d’y glisser un œil. Dans ces espaces, les danseurs de Sasha Waltz se racontent. Ils disent leur histoire, leur itinéraire, charriant avec eux des objets qui, pensent-ils, les révèlent.

Mouvement

La chorégraphe berlinoise, un temps co-directrice de la Schaubühne, a imaginé son œuvre à la lecture de Karl Stocker. Le sociologue allemand interrogeait les objets comme projections de soi et marqueurs sociaux. Sur ce sujet, Sasha Waltz hésite. Insideout commence par le témoignage : Xuan Shi, gracile danseuse chinoise de la compagnie, est ainsi attachée à la robe de sa mère qu’elle ne quitte pas. Mais le spectacle se prend ailleurs au jeu de l’observation anonyme et de la dénonciation. Dans un compartiment de plexiglas évolue par exemple un homme en complet et feutre pied de poule, canne en main, l’impudeur trahie par le fessier nu.

La langue de Sasha Waltz est le mouvement. Emprunté aux gestes familiers du quotidien sur un rythme agressif ou à la suavité et la langueur du tango. En solo, en duo ou plus nombreux encore, les danseurs surgissent, le temps d’une saynète, puis se dérobent. La danse se donne au plus près du public qui ne peut rester insensible. Partagé entre la tension née de ce work-in-progress qui l’effleure, la contemplation de tableaux d’une grande force, la frustration de ne pas savoir où donner de la tête et de perdre le fil. D’autant qu’il court toujours le risque de ne pas se trouver là où l’action se déroule.

Dommage aussi que l’œuvre se délite sur la fin. Précisément lorsque le public est renvoyé à son rôle de spectateur. Sous ses yeux, la langue cesse de s’écrire par les corps. Elle se brouille un peu à trop vouloir faire dire aux objets. Ils redeviennent alors accessoires.

Hugo LATTARD
www.ruedutheatre.info

Insideout
De Sasha Waltz

Mise en scène, chorégraphie et conception : Sasha Waltz
Musique composée par Rebecca Saunders

Danse : Mikel Aristegui, Jiri Bartovanec, Maria Marta Colusi, Juan Kruz Diaz de Garaio Esnaola, Clémentine Deluy, Luc Dunberry, Charlotte Engelkes, Nicola Mascia, Michal Mualem, Maria Öhman, Manuel Alfonso Pérez Torres, Sasa Queliz, Mata Sakka, Paolo dos Santos, Claudia de Serpa Soares, XuanShi, Takako Suzuki, Laurie Young, Matan Zamir, Sigal Zouk-Harder

Scénographie : Thomas Schenk, Saska Waltz Production Schaubühne am Lehiner Platz présentée par Sasha Waltz & Guests Festival d’Avignon Châteaublanc.

Photo © Christophe Raynaud de Lage/Festival d'Avignon
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