ENTRE JOURNALIER ET IMAGINAIRE Deux énormes caisses en bois pour conteneurs. L’une étiquetée du Nord de la France ; l’autre d’Italie. À l’intérieur, deux couples qui révèlent leur cadre quotidien et leur existence entre véridique et chimère. La première s’ouvre peu à peu, laissant le public installé de chaque côté, découvrir une intimité. Cela commence quasi sans paroles, avec Marc Amyot, funambule qui se situe au confluent du clown, du maladroit accablé d’un léger handicap, du poète qui vit les événements autrement, sans souci des qu’en dira-t-on.

Photo © Eric Legrand
À travers des gestes qui ne sont ni du mime ni de la réalité banale, il devient très vite évident que le quotidien se fond avec des souvenirs d’enfance, des fantasmes personnels. C’est plus flagrant encore dès qu’apparaît la compagne, Annie Poli. Sa présence est écrasante et irradiante. Elle joue aux limites du trivial, de l’exaltation, de la générosité, de la vie assumée pleinement. Elle chante et scande. Elle dit revendications et rêves. Et pendant ce temps-là, lui va et vient, passe du grenier au jardin, du travail ordinaire à des périples en mobylette ou à grands coups de pédale sur un vélo de Paris-Roubaix. Et, ironiquement didactique, il inscrit sur des ardoises à l’intention de ceux qui n’auraient pas compris.
Du Nord vers le Sud En Italie, ce ne sont plus les corons et les jardins ouvriers. C’est la campagne et l’existence agricole. C’est un autre couple, Paola Berselli et Stefano Pasquini, moins exubérants. Liés par un amour tranquille au milieu d’une pompe à eau de pluie, d’une mécanique de moulin et de vrais lapins qui fourragent dans un décor dévoilé pan par pan. C’est la simplicité des mots, la confidence narrée. Ce sont les sentiments qui perdurent, obstinément. Et les tâches ménagères et champêtres, cycles de la vie sans cesse recommencés, comme ces montées et ces descentes d’un étage à l’autre sur de vieilles échelles en bois. Ce qui n’empêche pas de vieillir ensemble et d’aller vers la mort. Les corps affirment beaucoup dans le Nord de Piret. Les paroles s’écoulent dans le Sud de ses partenaires. Les tranches de vie rejoignent l’histoire personnelle de chacun. Tant et si bien qu’à la fin du spectacle, tout le monde, acteurs et spectateurs, se retrouve à partager un même repas, en franche convivialité.
Michel VOITURIER (Lille)
Dans ma maison, contes de la vie ordinaire Texte : « Nord », Christophe Piret ; « Italie », Paola Berselli, Stefano Pasquini, Christophe Piret
Mise en scène : Christophe Piret
Distribution: Annie Poli, Marc Amyot, Paola Berselli, Stefano Pasquini
Décors : Christophe Piret et Rémy Dursin
Musique : Luna Lost
Son : Benjamin Delvalle
Production : Théâtre de Chambre (Aulnoye-Aymeries) ; Teatro delle Ariette (Castello di Serravalle)
À la Rose des Vents de Villeneuve d’Ascq du 5 au 9 juin ; à l’Operaestate - Festival Veneto 2007 de Bassano del Grappa (Italie) au Palazzo Bonauguro le 30 juin 2007
Durée : 1h50 (repas compris)