DANSE POUR LES OUBLIÉS La danse est une succession d’images qui nous poussent à penser. Elle est comme un chant, peut-être en raison de ce mouvement rythmique qui vibre en chacun de nous. Sur le sol noir du théâtre de La Grande Ourse, des noms de pays sont écris à la craie blanche, tous ont une histoire douloureuse. Une femme, la danseuse Catharina Gadelha, Allemande de nationalité et Brésilienne d’origine trace les lettres de ses pays jusque dans le public, où elle situe le Venezuela. Son spectacle s’intitule
Vergessen, Oubliés.

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Et quand il débute, le public s’interroge volontiers sur la thématique douloureuse et la présence de classes scolaires, leur perception véritable des enjeux de ce monde, cela d’autant plus que la danse est un autre langage. Le mouvement de la jeune femme est d’abord lent, heureux, léger. Elle porte sur le visage l’expression de l’innocence. Elle marche à petit pas d’un pays à l’autre avec insouciance. C’est alors que retentit plusieurs fois le bruit sourd d’un fusil : un coup, deux coups, trois coups qui brisent l’élan, la danseuse chute, se relève lentement puis tombe à chaque coup. Le corps s’effondre, se redresse pour effacer quelques noms. A chaque coup de fusil, le public est touché. Les détonations sont difficilement supportables. Le mouvement se brise et l’histoire se déroule : combien de peuples meurtris et de victimes oubliées sont ici brutalement mis en scène ?
Les enchaînements sont bouleversants et retentissent en chacun de nous comme un sentiment d’horreur. La peur, la mort, la douleur envahissent tour à tour le corps de Catharina et viennent se heurter à une multitude de sentiments et de questionnements sur la guerre et ceux qui en pâtissent. Lorsqu’elle descend dans le public, simulant la violence de coups reçus, l’obscénité des conflits nous est jetée au visage comme une honte.
Un travail de mémoire L’artiste tout au long de la chorégraphie incarne des temps forts, elle est plurielle. Les peuples meurtris refont surface et dans le silence noir du théâtre, des extinctions momentanées amènent la nuit comme un chaos. Si la destruction de l’humanité est clairement peinte, la danse macabre traduit exactement l’errance et le peur comme conséquences immédiates de la guerre. Quant à la délicate question de la reconstruction, elle reste posée à la fin de la chorégraphie, lorsque le jour s’en va, et que seuls, sur le sol piétiné, restent les vêtements de la danseuse. Plusieurs hypothèses s’offrent au public : celle de la mort, de la fuite ou d’un mauvais rêve. Alors, le travail de mémoire est en cours.
Christelle ZAMORA (Montpellier)
VergessenConception chorographique et interprétation :
Catharina Gadelha Musique Aubry, Bregovic, Dalio, Vivaldi
Lumières : Wolfgang Pütz
Costume : Tausendschön - Hans Jürgen van Almsick
Décors : Catharina Gadelha
Au théâtre de Villeneuve lès Maguelone (34) les 26 et 27 mars 2007