RECHERCHER L'UNIVERSEL DANS L'INTIMITÉ Le spectateur poussa la porte du théâtre et il se retrouva dans une rue. Les comédiens errent, pressés ; ils se croisent, se bousculent, se reconnaissent, se saluent alors que le spectateur intrigué prend place, comme invité à regarder, à pénétrer au coeur de cette agitation. Soudain deux personnages au centre de la scène, un jeune couple, l’intimité est palpable, la tension est à son comble, la ronde commence alors…

Photo © D. Arménian
Comme une ronde La Ronde de Schnitzler étant le modèle de Sergi Belbel pour
Caresses, la pièce aborde l’intimité humaine à travers une série de personnages aux liens ambigus. Les corps se heurtent, les cœurs se blessent, comme pour illustrer des rapports impossibles. Le texte dur et parfois cru s’intéresse toujours au moment clef du rapport conflictuel. L’auteur ne recherche pas l’interrogation sur les sources de telles relations, mais il est plutôt en quête de cet instant de vie où les êtres s’affrontent en des termes chargés d’implicite. Le conflit se répète alors, inlassablement, comme un passage obligatoire à toute relation humaine, où les mensonges, les rancunes, les incompréhensions et les trahisons sont constants. Le théâtre devient ce champ de batailles pour des causes individuelles et en cela touche à l’essence de l’homme.
Un théâtre « à la Almodovar » Une telle vision de l’homme n’étant pas sans rappeler le cinéma d’Almodovar, le spectacle en apparaît tout imprégné. Christian Taponard, le metteur en scène, semble opter pour la mise en lumière du caractère cinématographique de la pièce. Le jeu d’acteur s’oriente vers le réalisme, ainsi que la scénographie qui sépare la scène grâce à un plateau, afin de distinguer l’extérieur et l’intérieur, en effet les conflits n’épargnent aucune classe sociale, de la rue aux petits appartements. Cette scénographie judicieuse permet de fluidifier les déplacements des personnages, ce qui confère un certain naturel au passage d’une scène à l’autre et explicite les liens entre les différents protagonistes. Chaque scène ponctuée d’un intermède musical appuie le propos et le connecte avec une réalité paradoxalement abstraite, notamment lorsque le jeune pianiste interprète un morceau de Liszt en ouverture d’une scène où il se dispute avec sa mère. Le spectateur oublie ainsi la scène qui précède et, en même temps, il y est relié par le procédé de la ronde.
Mettre en scène l’univers de Sergi Belbel apparaît comme un exercice périlleux, j’ai pu m’en rendre compte grâce à l’équipe du spectacle qui m’a permis d’assister à une répétition il y a quelques semaines. J’ai aperçu un travail sur quelques scènes et notamment sur la chorégraphie finale dont l’existence semblait menacée. Le spectacle a eu lieu et celui-ci fut une preuve que la création artistique consiste à savoir dépasser les problèmes auxquels on se confronte : la chorégraphie finale était là, mise au point, illustrant ainsi parfaitement le constat d’échec des relations et, en même temps, l’idée d’un perpétuel recommencement, note optimiste du texte ; avec la chorégraphie tout se réinstalle, c'est là la note optimiste du metteur en scène…
Audrey HADORN (Lyon)
Caresses De Sergi Belbel
Mise en scène de Christian Taponard
Avec Alain Bert, Marion Berthier, Nadine Emin, Emilien Marion, Henri-Edouard Osinski, Franco Provvedi, Vincent Tessier, Martine Vandeville, Benjamin Villemagne
Conception musicale et musique originale - Alain Bert / Collaboration musicale - Gilbert Gandil / Chorégraphie - Axelle Mikaeloff / Scénographie et lumières - Yvan Pellecuer / Création des costumes - Eric Chambon / Création son - Sylvestre Mercier / Conseil en langue espagnole - Maya Lakhdar
Renseignements :
Théâtre des Célestins - Du 6 au 17 Mars 2007