MIMÉTISME FUNESTEEn prélude à une tournée qui doit se dérouler au cours du quatrième trimestre 2007, notamment en Région parisienne et dans le Sud-Ouest, le Théâtre des Halles d'Avignon vient de reprendre Les Bonnes de Jean Genet. Cette adaptation avait fait sensation lors de sa création au début 2006. Elles évoluent au centre et dans la périphérie d'une sorte d'aquarium de plexiglass au murs transparents qui leur renvoient sans cesse leurs reflets multipliés, incertains... « Elles », ce sont Claire et Solange, les deux bonnes de Madame. Elles sont soeurs aussi, tout comme les soeurs Papin dont les crimes, en 1933, fascinèrent et scandalisèrent les foules, tandis qu'en Allemagne un criminel de bien plus grande envergure accédait, réellement lui, et en toute légalité, au pouvoir politique.
L'affaire Papin inspira fortement Jean Genet qui, dans
Les Bonnes, sut conférer à ces deux jeunes femmes, emblématiques d'une révolte radicale, mais confuse jusqu'à l'autodestruction, une formidable dimension théâtrale. De ce qui n'était au départ qu'un banal quoique spectaculaire fait divers, Jean Genet, en transcendant l'événement, a fait une sorte de cérémonie sacrificielle comme dans les tragédies antiques. Et l'on constate que la mise en scène, tout comme la direction d'actrices d'Alain Timar ont judicieusement pris le même parti.
Le pire de nous-mêmesAu sein d'un espace scénique dont la neutralité n'est certes que de surface et dont la transparence n'est là que pour mieux renforcer l'opacité des personnages, il ne s'agit néanmoins que de pénétrer cet enfer du dedans où gît le pire de nous-mêmes, toujours prêt à se réveiller et surgir si les circonstances – ou les rapports sociaux - s'y prêtent. Or les deux soeurs aux prénoms lumineux (Claire et Sol-Ange) – mais cette lumière est bien celle d'un soleil noir - vivent très mal leur situation ancillaire et la condescendance méprisante dont Madame les englue. Elles ne rêvent que de lui nuire et de l'assassiner. Ce désir de meurtre toujours joué, jamais concrétisé ni vécu, se manifeste sous la forme d'un étrange et funeste mimétisme dans lequel Claire revêt les vêtements de la maîtresse et va enfin jusqu'à boire, sous le regard complice de sa soeur Solange, la tisane empoisonnée qu'elle avait préparée.
Les deux actrices forment un puissant et sidérant duo théâtral. Succédant à Odile GrossetGrange, Alexandra Castellon réussit très bien et avec beaucoup d'intelligence sa prise du rôle de Claire face à une Lisa Pajon (Solange) dont le jeu très physique et l'extraordinaire puissance d'expression d'une révolte brûlante et destructrice laisse, sur la fin, le spectateur pantois.
Marcelle Basso interprète Madame avec un sens aigü du rôle social de ce personnage, fortement ancré dans ses prérogatives et sa situation de grande bourgeoise sûre d'elle même. On reste saisis d'admiration devant cet infernal trio interprété par des actrices décidément au mieux de leur forme et que l'on ne demande qu'à revoir.
Henri LÉPINE (Avignon)
Avignon, Théâtre des Halles, du 21 au 23 février 2007 :
Les Bonnes, de Jean Genet,
Avec Marcelle Basso (Madame), Alexandra Castellon (Claire) et Lisa Pajon (Solange).
Mise en scène d'Alain Timar.
En tournée en France (Région parisienne et Sud-Ouest) courant 2ème semestre 2007.
Tél. 04 32 76 24 51.