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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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Escena Contemporánea (Festival) (Madrid)

CONTRASTÉ

Escena Contemporánea embrasse tous les types d’expression. Sous le signe de l’avant-garde, le festival donne une place aux projets les plus expérimentaux, les plus inachevés.

Rester inachevé ou sans être sans nécessité de fin, est l’une des caractéristiques les plus notables de la conférence-performance de Nelson Guerreiro. Les 50 minutes chronométrées de cette expérience scénique s’écoulent péniblement dans la parole artificielle de l’artiste dont le propos est de ne pas raconter son voyage au Japon. L’acte égocentrique qui ne s’adapte pas à la scène n’a aucun intérêt dramaturgique. L’acteur-personne réelle, Nelson Guerreiro, s’évertue à faire sentir à un public assis, qui devrait être en situation d’interlocuteurs directs, l’échec du discours face à la réalité de l’expérience. Les spectateurs sont là pour constater avec lui l’inutilité d’une rencontre, qui, inutilement, dure 50 minutes.

L’idée n’est pas mauvaise. Le fondement conceptuel intéressant. Mais la mise en échec du discours par des mots lus avec difficulté sonne faux. La disposition de la salle, un théâtre dont l’espace n’a pas été remis en question, interdit l’élaboration d’une relation proche entre l’artiste et le public. L’ironie latente de l’artiste rend le spectateur méfiant. Cette proposition pourtant détient les germes d’une réalisation aboutie. Car elle questionne la valeur du discours face à la vie, la relation entre acteur et public, entre l’art et de la vie. Mais le manque d’approfondissement et l’inadéquation entre cette performance et l’espace investi font malheureusement de ce spectacle une expérience décevante qui laisse un arrière-goût de mauvaise plaisanterie.

Photo © Raquel Pereira

De belles ombres

Radicalement différente, fut la seconde performance, 200 gr. de António Júlio. Derrière un écran, la silhouette d’un homme évolue dans l’espace illusoire et onirique que la projection du corps à travers l’écran blanc et le savant jeu de lumière créent. Sans un mot, se déroule la vie d’un homme. La distorsion de son ombre, suivant qu’il se rapproche ou s’éloigne de la source de lumière, son dédoublement, le jeu donc sur les plans et les formes, ébahissent sincèrement le spectateur par leur pouvoir poétique et leur simplicité. Le corps brut, et quelques accessoires parfois, semblent être les objets d’un conte quotidien fait d’ombres chinoises. L’effet visuel hautement esthétique et l’humour qui s’y ajoute, procure un moment de plaisir calme. L’artiste caché, seulement corps, le corps occulté, seulement ombre, sont les éléments à la fois simples et étonnants d’une seconde expérience dont on aurait apprécié qu’elle soit un peu plus longue.

Décidément, au long de cette soirée d’expériences, le temps, son emploi, son passage, furent étranges, peu en accord avec les attentes des spectateurs et trop soumis aux impératifs de production du festival. Deux spectacles qui n’auraient dû partager le même espace, partagèrent la même affiche. Ces propositions, expérimentales sans en douter, de qualité fort disparate, auraient dans tous les cas atteint une autre dimension dans un format moins classique, plus adapté.

Frédérique MUSCINESI (Madrid)

Escena Contemporánea, du 29 janvier au 25 février à Madrid Teatro Pradillo C/ Pradillo, 12 + 34 91 416 90 11 :
Guerrero Notebook : Holiday out de Nelson Guerreiro 3-4 février. 21 heures
200 gr., António Júlio 3-4 février. 21 heures
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