LE MUR DE BURLINGUE Deux bureaux séparés par une ligne rouge tracée à la peinture et qui divise même le téléphone de chacune des employées, pour l’une blonde sulfureuse mère de famille et pour l’autre, une vieille fille à l’allure étriquée. Respectivement Sylvie et Céline. Un dossier posé au sol porte la mention « contentieux ». Au dessus de la porte, la photo du directeur est affichée. Il y a du crépage de chignon dans l'air. Réjouissant.
Ces deux employées de bureaux, collègues depuis des années et astreintes à des tâches répétitives, entrent en conflit pour une gomme que l’une possède et dont l‘autre a besoin. Au début sur un ton de raillerie réciproque, puis les choses s’enveniment lorsque l’une d’elle est appelée par le directeur tandis que l’autre est ignorée de la direction. La colère et la jalousie pointent leurs nez. Après tout, ne faut-il pas diviser pour mieux régner ?

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La colère s’intensifie, attisée par l’émulation, la concurrence des deux employées modèles s'enflamme. Le bureau se transforme en ring. Et les deux femmes finissent par se mener au bout de leurs limites, refusant de quitter leur bureau même sous la menace de la police. Rien, pas même leur vie familiale respective ne réussit à les distraire du différent qu’elles entretiennent. Elles ne se quittent pas des yeux une seule seconde. Très vite, l’hystérie des deux femmes prend place dans un décor digne d’un tremblement de terre. Tout y passe : le refus de collaborer, le dénigrement, les mesquineries, les préférences, l’humiliation, le harcèlement. Le tout empaqueté avec humour et détermination.
La condition féminine en prend un coup, souvent, mais de nombreuses employées de bureau pourront aller voir le spectacle comme un exutoire pour se détendre de l’atmosphère qui plane au travail. Féroce et sans concession, très drôle, comme l’a voulu Gérard Levoyer qui a écrit la pièce en 2003. Derrière cette mise en scène, une représentation du monde social et peut-être même le résultat historique d’interactions et de luttes de classement se dessine comme une satire des luttes de pouvoir et de l’intolérance. Le conflit est absurde comme la plupart des désaccords et des luttes de pouvoir. Alors bien sur, les deux femmes se livreront également des confidences sur leurs vies familiales mais aussi leurs secrets de chair. Le ridicule de certaines situations laisse pensif, surtout pour les hommes qui viendront voir la pièce quelque peu caricaturale sur les relations féminines. Enfin, il ne faut surtout pas généraliser mais la pièce renferme tout de même bon nombre d’ingrédients cuisants sur les relations des femmes au travail.
Une comédie légère et enjouée qui permettra au public de se détendre. Attention, les femmes prennent le pouvoir !
Christelle ZAMORA (Montpellier)
Burlingue Une pièce de Gérard Levoyer
Comédiennes : Carole Bellanger, Nadia Tillier
Metteur en scène : Carole Bellanger
Au Kawa Théâtre à Montpellier, jusqu’au 25 novembre 2006
Tel : 04.67.58.15.45