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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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Histoire du Tigre (Montpellier)

LE TANDEM RÉUSSI DU DÉSOPILANT ET DU GRAVE

Si l’on en croit le grand jeu déballé par le comédien Grégory Nardella, qui vient d’ouvrir avec « Histoire du tigre » la série de représentations consacrées au dramaturge italien Dario Fo et à son épouse Franca Rame, durant un mois par le Théâtre Jean Vilar à Montpellier, le public ne sera pas déçu. Le succès de la pièce laisse sans voix. Plus qu’admiratif. Fasciné.

Le triomphe qu’ont reçu Grégory Nardella et Henri d’Artois, ovation debout, est à la mesure de leur talent. Dans cette farce exotique qui dérape sur l’actualité politico-économique, le Prix Nobel italien Dario Fo a glissé ses inflexions graves où se déploient le rire et l’humour avec un naturel déconcertant.
 Photo © Marc Ginot

L’histoire est celle d’un soldat de l’armée de Mao qui, durant la Longue Marche, se retrouve blessé par un bandit blanc de Tchang Kaï-Chek. Le soldat parle à la première personne tout au long de la pièce et dit descendre des confins de la Mandchourie. Pour mémoire, la Longue Marche est un périple de plus d’un an, qui a débuté en 1934, mené par l’armée rouge chinoise pour échapper à l’armée nationaliste du Kuomintang de Tchang Kaï-chek Elle a coûté la vie à près de 100.000 hommes au sein des troupes communistes seulement. Voilà pour le contexte. Quant à l’histoire, le texte de Dario Fo semble venir tout droit d’un récit chinois que l’auteur aurait entendu près de Shanghai. Arrive le moment où le soldat est touché à la jambe par un tir. Tandis que ses camarades le laissent pour mort, seul dans la campagne, il se retrouve face à un ouragan. Il veut résister et c’est le premier symbole du conte : lutter même face à la mort. D’autres suivront comme : ne jamais s’en remettre à personne. Dans son combat pour la vie, il se réfugie dans une caverne, où débute une improbable cohabitation avec une tigresse et son petit. Une rencontre décisive car «Avoir le Tigre», selon la tradition chinoise, signifie résister. Un mot qui s’ajoute à la symbolique du texte, après la lutte, la responsabilité, maintenant la résistance. Et la résistance selon Dario Fo est un duo délectable d’humour et de provocation.

En tandem, le récit se double de sonorités déposées ça et là par le compositeur Henri d’Artois, lequel est connu pour avoir composé pour le chorégraphe Dominique Bagouet. Cette escorte ne donne que plus de rythme et de souplesse au récit comme un écho marquant tour à tour les multiples tonalités du texte.
A cette musicalité de la fable si bien restituée par Henri d’Artois, le comédien Grégory Nardella ajoute sa hargne de jouer, déployant un jeu mouvementé de farces dans une scène dénuée de décor où trône pourtant un vélo, ce dernier côtoyant les instruments de musiques d’Artois.
De cette mise en scène minimaliste se dégage une grande force qui n’est autre que celle déployée par le comédien, un de ceux que l’on affuble de l'expression « bête de scène », une impression que Pierre Barayre, le metteur en scène, avoue avoir ressentie lorsque ce dernier lui a proposé le projet. De cette histoire désopilante et grave magnifiquement jouée, le public gardera le souvenir d’un discours positif tendu vers l’espérance et qui soulage nos pensées de bien des maux de ce siècle. Une très belle performance.
 
Christelle ZAMORA (Montpellier)

 
Histoire du tigre, de Dario Fo
Cortizone/Compagnie Pierre Barayre avec Gregory Nardella, comédien et Henri d’Artois, ambiance sonore, percussions.
Du 19 au 21 octobre dans le cadre de la programmation consacrée à Dario Fo qui se déroule jusqu’au 15 novembre 2006 avec La Lune et l’ampoule ; Un peu de sexe, merci, juste pour vous être agréable ; Couple ouvert à deux battants et enfin Isabelle, trois caravelles et un charlatan.
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