Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

Publicité

Trois courtes pièces de Samuel Beckett (Avignon)

TROIS BIJOUX

Samuel Beckett aurait eu cent ans cette année. Voilà l'occasion de lui rendre l'hommage qu'il mérite avec, à Paris, le Festival International Paris Beckett 2006-2007. Et c'est en avant première de cet événement essentiel que le Théâtre du Chêne Noir avait confié son plateau à Michaël Lonsdale qui vient d'y mettre en scène trois courtes pièces : « Comédie », « Pas » et « Catastrophe » avant leur présentation au Théâtre des Bouffes du Nord que dirige Peter Brook.

De ces trois oeuvres, c'est « Comédie » (1963) qui est la plus ancienne. Elle nous montre trois personnages emblématiques du traditionnel triangle du théâtre de boulevard : le mari, l'épouse, la maîtresse... Sauf qu'ici, ces trois personnages (Michaël Lonsdale, Eléonore Hirt, Laurence Bourdil) sont enfermés chacun dans une grande jarre d'où n'émergent que leurs têtes. Dès qu'un projecteur s'éclaire sur lui (ou elles), le personnage concerné entame une sorte de monologue logorrhéique sur ses relations avec les deux autres. Pendant ces moments, ils semblent possédés et comme « agis » par leur propre parole... Cette déconstruction des clichés du théâtre de boulevard, mais aussi du phénomène « théâtre », est à la fois comique et tragique. Mais elle implique également une réflexion fondamentale sur le discours – ici redondant, récurrent - en tant qu'irrésistible démarche personnelle pour exister aussi bien comme individu qu'en tant que personnage de théâtre. 
Le comédien Michaël Lonsdale - Photo © Richard Dumas

« Pas » - titre ici à double sens - nous montre une femme prénommée Amy couverte de hardes qui fait les cent pas de Cour à Jardin et retour tout en parlant à sa mère, May, que l'on ne verra jamais, mais qui lui répond en hors champ. May est manifestement en train de mourir... Mais qui est réellement May (anagramme de Amy) ? Et quelle est la teneur réelle de tout ce discours ? L'énigme induite par cette oeuvre courte mais dense reste posée pour chaque spectateur au-delà de sa propre perplexité.

Enfin, dans « Catastrophe », écrite en hommage à Vaclav Havel, met en présence trois personnages : un homme revêtu d'un grand manteau de fourrure, assis dans un fauteuil, donne des consignes à son assistante, une sorte d'infirmière qui prend note de toutes ses observations, pour préparer un troisième personnage, un homme debout sur un socle, qu'il faut présenter au public. On lui ôte peu à peu une partie de ses vêtements, on lui fait adopter différentes positions plus ou moins humiliantes et inconfortables. En fin de compte, ce personnage muet – qui rappelle étrangement le Lucky du deuxième acte d'En attendant Godot - est reçu triomphalement par la foule dont on entend les applaudissements...

Ces trois oeuvres, qui appelleraient une analyse beaucoup plus approfondie, sinon totalement exhaustive, témoignent de l'évolution de l'écriture théâtrale, paradoxale, de Samuel Beckett et de sa critique radicale du théâtre. Elles donnent surtout envie de (re)découvrir une oeuvre qui, dans sa totalité, a marqué profondément le théâtre du siècle dernier.

Henri LÉPINE (Avignon)

« Comédie », « Pas » et « Catastrophe », de Samuel Beckett
Au Théâtre du Chêne noir, présenté en avant-première.
Théâtre des Bouffes du Nord, 37bis, Bd. De la Chapelle, 75010 Paris
Tél. 01 46 07 34 50 - Métro La Chapelle (Line 2)

A compter du vendredi 3 novembre 2006 dans le cadre du Festival International Paris Beckett.
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article