FESTIF ET INTERACTIF Ce spectacle conçu et mis en scène par Serge Barbuscia pour le Théâtre du Balcon et repris à l'Hôtel de Sade est le prétexte à un rendez-vous particulièrement réjouissant. Festif et interactif, en effet : chaque spectateur, en entrant dans ce haut lieu de la chanson « engagée » - ici le mot est tout à fait à sa place puisque les chansons, discours, sketches, etc, témoignent tous, et avec quelle force, de leur époque : les débuts de la Troisième République ? représente un député nommément désigné et, si son nom est tiré par le présentateur du spectacle (Fabrice Lebert), il lui sera demandé, tel un modeste et éphémère M. Loyal, de lire un court texte servant à introduire le numéro suivant.
C'est une bonne part de l'Histoire en chansons du peuple français qui revit ici, avec l'évocation du premier cabaret au nom inoubliable : le fameux
Chat noir immortalisé par une chanson d'Aristide Bruant à qui nous devons aussi la non moins célèbre
Nini Peau d'Chien. Le répertoire de cette période fertile en événements chargés de signification recèle des trésors de la chanson populaire, ceux qui évoquent, entre autres, la Commune de Paris de 1871 :
la Semaine sanglante, la Butte rouge ou le Temps des Cerises... Mais aussi des chansons satiriques dénonçant ? déjà ! - les abus, les inégalités voire les turpitudes du nouveau régime... Le tout est ponctué par des extraits de grands discours comme celui de Victor Hugo s'élevant contre la cléricale loi Falloux, l'évocation des minutes du procès de Louise Michel ou encore les formulations sans appel du J'accuse d'Emile Zola.
Lutter contre le cléricalisme, pour la laïcité, contre les massacreurs des communards, contre l'antisémitisme, tout cela participait bien alors, tout comme aujourd'hui, d'un même combat, celui des forces de justice, de progrès social et politique contre le conservatisme inique d'une bourgeoisie repue et imbécile. Aïni Iften, en brûlante passionaria, Serge Barbuscia, tour à tour en vigoureux tribun ou désopilant comique troupier, accompagnés musicalement par Patrick Lisacale, manifestent, chacun dans son registre d'expression, une présence remarquable. Ce
Cabaret Républicain qui réécrit devant nous de brûlantes pages d'une Histoire terrible et passionnante est en tous points une entreprise exemplaire.
Henri LÉPINE
www.ruedutheatre.info
Cabaret Républicain Hôtel de Sade, du 13 au 24 juillet 2006 à 22 heures.