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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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Dieu nous a créés gratis

LE BON DIEU SANS CONCESSION

Marcello d’Orta, les cardinaux du Vatican ne lui disent pas merci. L’instituteur italien met Dieu et le religieux au centre de son travail avec les enfants ; et de la fulgurance de la pensée enfantine, et de leur effet dévastateur, il se lave les mains…

D’Orta travaille depuis une dizaine d’années avec les enfants d’Arzano (banlieue napolitaine) pour faire jaillir de leurs écrits les mots simples qui portent sur notre monde un oeil spontané et tendre, non complaisant et souvent ravageur. Ces paroles mises bout à bout, issues de rédactions scolaires, ont déjà produit en Italie un best-seller ; dans J’espérons que je m’en sortira, qu’avait monté l’an dernier la compagnie savoyarde Remue Méninges, le regard déjà candide et cruel à la fois des enfants se posait sur certains des travers sociétaux de l’Italie, notamment l’influence de la redoutée et tentaculaire camora.


C’est à un véritable parcours dans l’histoire biblique, à une balade érudite parsemée de toiles de maîtres, auxquels un conteur-conférencier cette fois nous convie. Ce conteur, René-Louis Fourest, lunaire, porte la parole des enfants sans faire interférer l’adulte, avec une bonne dose de candeur et d’humilité ; et assez de subtilité, pour rappeler l’utilité aux plus grands de réviser à cette occasion leur catéchisme devenu « cours de cataclysme » dans la bouche des bambini. L’irrésistible florilège égratigne, décape et fait réfléchir. Si la vérité ne sort pas toujours de la bouche des enfants, leurs propos, délicieusement décalés et toujours d’une simplification tordante, mettent souvent un coup de projecteur et de fraîcheur sur des sujets que nous, adultes, abordons avec moins de jubilation et davantage de pincettes. Leur propos se fait accidentellement lucide (« Tu ne tueras pas… mais il y a des dérogations si tu vas aux croisades. »), politiquement incorrect (« Dieu pour se venger de la tour de Babel créa l’Europe en mélangeant toutes les langues. »), mixant fait religieux et culture actuelle (« Judas a trahi Jésus pour une poignée de dollars . »), malmenant les institutions religieuses (au Pape : « Pourquoi est-ce qu’on ne peut pas interviewer Jésus puisque tu lui parles directement ? ») ; et parfois la parole d’enfant explose d’une puissance philosophique insoupçonnée, tel l’aphorisme définitif de Fiorella , qui vaut bien son pesant d’hosties et quelques livres de théologie, « si Dieu nous a créés, c’est son affaire. »

Réjouissons-nous, un troisième volet est en préparation qui devrait avoir l’amour en thème central. En attendant, si « Dieu nous a créés gratis », c’est sûrement parce que les enfants sont impayables de drôlerie.

Stephen BUNARD
www.ruedutheatre.info

Dieu nous a créés gratis
L’Évangile selon les enfants d’Arzano
D’après l’ouvrage de Marcello d’Orta
Mise en scène : Yvonne Bergeaud
Conception, adaptation et jeu : René-Louis Fourest
Spectacle tout public, enfants à partir de 10 ans
Compagnie Remue-Méninges (73)

Festival Off – Collège de la Salle – place Pasteur
Informations : 04 90 82 26 92
Jusqu’au 29 juillet à 12h00 et à 19h (au choix) – durée : 1h15
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L
En 2001, j"avais écrit le premier article publié sur "J'espérons que je m'en sortiras" dans La Marseillaise. J'étais très heureux d'apprendre qu'il leur avait permis de recevoir des spectateurs en plus grand nombre. Le spectacle se déroulait dans une salle de classe où nous étions assis devant des bureaux d'écoliers à l'ancienne. Nous avions même eu droit à un petit goûter... J'avais trouvé çà très attendrissant et propice au réveil de souvenirs enfouis dans notre mémoire inconsciente. Un peu comme la madeleine de Proust, en somme...
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