Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.
Je débarque à lintérieur de la maison de Paulette. Décor et accessoires ordinaires, comme chez M. Tout-le-Monde, en tout cas en Provence. Son corps a beau se traîner, elle a la langue bien pendue, la mamé de 70 balais ! Et cest pas juste pour dire, comme beaucoup de vieux réactionnaires qui se plaignent toute la journée : « Çétait mieux avant ! »
Elle a son mot à dire sur plein de choses, Paulette : les paysans matois du Luberon qui revendent à prix dor leurs vieilleries, leurs terrains et leurs baraques ; largent qui fait péter les plombs à ceux qui ont connu la pauvreté ; larrivée de lélectricité (« cest moins emboucanant que le pétrole ! ») ; le gain despérance de vie grâce aux progrès de la médecine ; les « braconneries » et la sécurité des villas isolées ; « lagroalimentaire clandestin » (la gnôle distillée « maison » et filée en douce aux gendarmes pour quils « oublient ») ; la recette de gratin dauphinois du pauvre ; lépicière du coin, Colette la Peste ; son « pépé inconnu de 28 ans » mort à la guerre ; les hommes obsédés par la chasse et la Coupe du monde de foot (cest-à-dire la guerre sous dautres formes), etc.

Le texte de Jean-Seb Franck est pertinent, incisif et souvent drôle : « Jai pleuré pendant deux jours, comme une double madeleine, quoi ! », par exemple. Mais lensemble manque peut-être un peu de profondeur, comme quand des grandes gueules critiquent la société au bistrot, en concluant invariablement par : « Quesse y faut faire ? »
Giulia Ronchi a le talent évident du contact avec le public et la repartie facile. Elle réalise un gros travail de composition, mais tire un peu son interprétation vers la caricature.
Au final, Chez Paulette est un spectacle intéressant. De là à « sestrasser de rire »