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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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Les Barbares

DES BARBARES PAS BARBANTS

Vu les mauvaises critiques jetées sur la pièce au début du festival comme autant de pelletés de terre, c’est en traînant les pieds que l’on se rend dans la Cour d’honneur. On se dit que les Barbares, c’est barbant. Eh bien non, pas du tout. C’est même drôlement bien. Et ce soir là, le public a fait une véritable ovation à cette pièce de Gorki mise en scène par Eric Lacascade. De quoi lui mettre du baume au coeur et réchauffer la Cour d’honneur.

Photo © Christophe Raynaud de Lage


Cela commence sur un quai de gare. De drôles de gens attendent un train qui doit amener des ingénieurs qui vont peut-être changer leur univers. On ne sait pas trop de quel univers il s’agit. On ne sait pas où on est. Vu les consonances des noms, cela se passe à l’est mais cela pourrait être n’importe où il y a des trains qui arrivent en gare. N’importe où il y a des gens qui attendent qu’il arrive quelque chose de nouveau. C’est-à-dire partout. En fait de reconstruction, l’arrivée des ingénieurs va surtout bouleverser les rapports entre les êtres. Le regard neuf porté sur la communauté va confirmer ou invalider certains comportements remettant en cause la place des uns et des autres. D’ailleurs ont-ils véritablement une place ces gens qui vont et viennent d’on ne sait où ? Rien ne semble avoir guidé leurs actes ou leurs attachements si ce n’est le hasard et ses opportunités. Du plaisir immédiat, de l’habitude. Pas de morale, pas de projet. Pas même l’espoir que cela change, juste l’envie d’un événement qui renouvelle le plaisir de l’instant. C’est donc avec joie que sont accueillis les ingénieurs. Leur chef a bien l’intention d’insuffler une direction à ce groupe de gens qui semblent à la dérive. Mais sa volonté s’émousse vite face au je m’en- foutisme général qui sert ici de ciment social. D’autant que ce chef ingénieur est séduit par la belle du village qui ne pense qu’à l’amour. Son désir lui fait délaisser sa femme qui passe la pièce à chercher elle aussi sa place. L’évolution du trio et celle du village se fait et se clôt en parallèle et dans la même amertume.

Une pléiade d’acteurs dont Eric Lacascade lui-même interprètent ce petit peuple désenchanté. Ils prennent possession de la Cour d’honneur qui symbolise parfaitement la place du village. Les dialogues sont courts et vif comme des grognements. L’expression des corps joue ici un rôle primordiale. Les acteurs font preuve d’une agilité étonnante exploitant des talents de gymnastes et de danseurs. Ils sont beaux à regarder tout comme le jeu de lumière qui enchante plusieurs fois au cours de la soirée la Cour d’honneur créant une atmosphère intimiste ou de fête de village. L’ensemble est très réussi et même si le discours de Gorki n’est pas toujours immédiatement compréhensible, Eric Lacascade fait passer une émotion forte de désespoir et d’errance qui semble l’essence même de la pièce. Il avait emballé la Cour d’honneur en 2002 avec son Platonov. Il a été moins bien accueilli cette année avec ces Barbares. Mais au final et au vu du triomphe fait par le public en fin de Festival, Eric Lacascade semble avoir une nouvelle fois réussi à imposer une vision du monde sombre, mais résolument esthétique.

Agnès GROSSMANN
www.ruedutheatre.info

Lire aussi la critique de notre reporter Anne Clausse.

Les Barbares, de Maxime Gorki
Adaptation et mise en scène Eric Lacascade.
Cour d’honneur du Palais des Papes à 22 heures jusqu’au 25 juillet.
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