LE BALLON ROND, OPIUM DU PEUPLEAu travers de la pièce Banc de touche, Dieudonné Niangouna trace une critique de l’état actuel de la République du Congo. Dans les années 90, trois guerres civiles ont détruit la société de son pays. Les écoles et les hôpitaux sont en train d’être reconstruits, très lentement, pendant qu’un stade de football a été édifié rapidement.

Le théâtre, comme les autres arts, sont encore réprimés par la politique. Le personnage principal de la pièce, Petit Piment, héros sportif, est l’espoir du peuple, celui qui fera gagner la Coupe du Monde Africaine au Congo. Petit Piment est aussi l’amant de la femme de l’entraîneur de l’équipe nationale. Durant la pièce, ce sont des soldats qui décident si Piment doit jouer le match de la finale, et si l’équipe congolaise doit gagner la Coupe du Monde.
La représentation de la pièce est soutenue par un rythme farceur. Les dialogues sur le football cachent des renvois à la guerre civile. Dans une première partie, Petit Piment se dispute avec l’entraîneur de l’équipe nationale, qui a découvert la trahison de sa femme. Un soldat marche sur scène, il menace de mort tous les personnages. Brusquement la scène change, des gens du peuple dansent et chantent en attendant le match de la finale. La pièce dévient un spectacle musical de danse africaine. Des individus disparaissent, on les entend crier hors de la scène. Puis, encore brusquement, les comédiens s’assoient face au public, se présentent, ils jouent avec leurs identités et commencent à expliquer l’origine de la pièce. Mais tout le monde est à courir hors de la scène et l’un des comédiens, l’interprète de l’entraîneur, commence un monologue amer et haineux contre les mondes mafieux de la guerre et du football. Puis la pièce semble reprendre la scène du début, Petit Piment ne sait pas encore s’il jouera ou non le match de la finale. A la fin, le soldat traite comme une marionnette Piment, en lui commandant de jouer, et aussitôt de ne plus jouer. Lorsque Piment découvre l’assassinat de la femme de l’entraîneur, il se jette sur le soldat et se fait tuer.
La compagnie de Bruits de la Rue construit une représentation éclatée, où chaque scène a ses personnages et son histoire, où l’histoire semble n’avoir pas un début et une fin, mais elle devient peu à peu une épopée, celle d’un peuple.
La mise en scène rappelle le théâtre du Moyen-Age, avec la représentation de différentes histoires autour du même sujet. Chaque comédien interprète plusieurs rôles, en changeant un vêtement ou en marchant différemment. Les mêmes objets sont déplacés dans chaque scène, et ils créent ainsi un nouveau lieu.
Tout de suite après la fin de la Coupe de Monde en Allemagne, cette pièce rappelle ainsi comment le football est une arme de pouvoir politique et économique, pour garder le peuple avec le nez contre la télévision, pendant qu’une nouvelle guerre est organisée en Asie ou en Afrique. Dieudonné mélange la culture spectaculaire africaine à celle occidentale, en créant un théâtre total, un lieu vécu en même temps par les vivants et les morts, un lieu du présent et du passé, réel et onirique.
Mattia SCARPULLA
www.ruedutheatre.info
Banc de touche, texte et mise en scène de Dieudonné Niangouna, compagnie Les Bruits de la Rue, est représenté du 11 au 29 juillet, Théâtre Tarmac, Paris Informations :
www.letarmac.fr 01 40 03 93 95