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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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L’Envers du décor

PREMIERS PAS

L’Enfer du décor : l'organisation du Festival Avignon Off est en crise. Cette année, la compétition entre les deux organisations se disputant le regroupement de 850 spectacles s’est accentuée, générant deux programmes, et favorisant l’apparition de petits programmes distribués par chaque théâtre et de plusieurs micros festivals financés et promus par le In ou par le Off. Les spectateurs et les professionnels vivent une confusion des normes, dans un débat compliqué encore ouvert.
En même temps, le festival Off d’Avignon reste un lieu d’essai et de lancement pour des jeunes chorégraphes et metteurs en scène. Ils présentent ici leurs premières créations, des travaux codifiés suivant la tradition et la convention formelle de l’école dont ils sont issus, mais ils commencent aussi à regarder autour d’eux et à découvrir d’autres formes de travail et d’expérimentation.


La courte chorégraphie L’Envers du Décor d’Emilie Yana est un exemple des premiers pas d’un artiste dans le monde professionnel. Les trois danseuses en scène déploient leurs connaissances des techniques de danse jazz et contemporaine. Elles dialoguent et se battent avec trois lampes, grandes et fines, qui ressemblent à des individus à un seul bras. Les danseuses peuvent modifier la forme des lampes, et créent un univers réel et onirique. D’une part, Yana respecte les règles de base de la construction chorégraphique - l’alternance des solos et des danses en groupe, les trajets géométriques des corps dans l’espace, typiques d’un savoir-faire scénique ; d’autre part, au travers des trois lampes, elle conçoit une poésie de réflexion sur la vie contemporaine. Les danseuses deviennent des humains soumis aux lampes-machines. Dans une scène, les lampes représentent des piétons aveugles, et l’une des danseuses exécute des gestes et des sauts courts et frénétiques, cherchant à se faire entendre des êtres sans vie. Les solos de chaque danseuse sont des moments d’intimité où les trois femmes découvrent leur corps. Puis elles sont de nouveau investies par la société frénétique, essaient de danser pour oublier leur identité sociale.

La chorégraphe réussit à représenter trois corps, chargés de clichés des images publicitaires et en même temps en fuite dans leur intimité, en effaçant du corps ces mêmes clichés imposés. Les éclairages contribuent par un jeu d’ombres et de lumières à dessiner des corps fragiles. La musique est trop conventionnelle, une suite des grands succès entendus à la radio, qui n’enrichit pas la performance corporelle. La compagnie Bruits les Corps montre son savoir-faire en danse et propose ses premières idées de traduction de la réalité. Maintenant, elle pourra peu à peu continuer à réfléchir sur les images publicitaires et les gestes quotidiens, se détacher des conventions apprises dans les écoles, et travailler une esthétique plus personnelle.

Mattia SCARPULLA
www.ruedutheatre.info

La chorégraphie L’Envers du Décor, compagnie Bruits de Corps
Chorégraphie : Emilie Yana Danseuses : Elisabeth Bardin, Cloé Ménéchi, Emilie Yana
Informations : Espace Alya 31 bis, rue Guillaume Puy 84000 Avignon 04 90 27 38 23 
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