Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.
La pièce à laquelle il nous convie est un véritable moment de vie, une parcelle de sentiments dans un monde qui s’oublie. Lors de cette même rencontre, j’ai moi-même découvert un être à part, qui ressemble à son nouveau spectacle : intranquille et généreux, fragile et presque excessif à la fois. Après avoir présenté en 2003 à Avignon Trois secondes et demi, spectacle en appartement traitant des petits riens de la vie, le comédien et auteur belge traite cette fois d’un sujet qui lui tient particulièrement à cœur : la mort…
Débarquant brusquement sur le plateau, celui qui une minute avant était parmi nous dans la file pour entrer, imper sur le dos et valise à la main, déclare tout à trac : « Il faut replacer la mort au centre de nos vies. » Parce que ce petit jeu d’immortel (Allez, on joue à être immortel… La mort ? chuuuuuuuuuuuut, il ne faut pas en parler…) il commence tout doucement à nous tuer. Refuser la mort, c’est refuser de vivre. Si l'on ne tient pas compte de la Grande Faucheuse, ce qu’il nous reste, c’est seulement un ersatz de vie. Une vie qui se ment et qui nous fige. Ce que proclame Philippe Vauchel, c’est la nécessité de s’avouer fragile. Il se veut dans ce spectacle « un mortel qui vient débarquer parmi d’autres mortels pour rire avec eux de sa condition de mortel ».
Parce que des rires, il y en a, dans son spectacle… Spectacle sur le fil, puisqu’on y est tour à tour ému, presqu’en colère, chagrin, joyeux, heureux même. Un spectacle en madeleine de Proust, qui sent bon la naïveté des campagnes de nos enfances. La sobriété de la mise en scène, que l’on doit à Benoît Van Dorsael, sous l’œil attentif et complice de Frédéric Dussenne, y est sans doute pour beaucoup, puisque, accompagnée d’une scénographie sobre, elle laisse libre champ au jeu de l’acteur, qui lui aussi joue sur le fil un personnage qui lui ressemble…mais qui n’est pas lui. Quand on demande à Philippe Vauchel pourquoi il monte sur scène, ou plutôt pourquoi il s’y sent bien, il répond, presque sybillin, que c’est le seul lieu où « il commence à avoir l’inconscient tranquille ». Sans doute parce que son inconscient sait qu’il nous fait du bien par sa poésie. Et qu’on en redemande, des Grandes Vacances !