Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.
Ainsi commence un spectacle qui se veut burlesque et qui tente de parodier, de « carnavaliser », ou d’exorciser la mort dans le cirque grâce à la mise en scène des coulisses du cirque comme coulisses de la mort. Mais cette première mise en abyme, doublée par celle du théâtre – entre le cirque et la scène, le jeu de miroir est évident et riche- ne sont pas vraiment maîtrisées, paraissent casuelles, du moins ne sont-elles pas assez exploitées. Le spectacle ne profite pas de sa potentielle ambiguïté, et suit des pistes toutes tracées. L’usage d’un double jeu et d’un double langage –acteur/condamné-, aurait évité quelques successions de lieux communs ou de phrases un peu forcées, que le « nous » permanent et décalé accentue ; et ce, malgré de jolis moments de dérapages, qui ne correspondent d’ailleurs pas forcément aux explosions explicites du texte et de la mise en scène, tel le lynchage du sacrifié.
Les influences directes et visibles, celle du Roi se meurt, ou d’Ubu pour le personnage de Tibulus, dans ses meilleurs moments, ou encore de La bonne âme de Sechuan, dont le dénouement ne diffère que dans la physionomie de l’incarnation divine, laissent parfois un fort goût de déjà vu. Le borgne est tout aussi lâche, tout aussi douteux, et tout aussi impuissant que la trinité brechtienne, mais ici il est unique et son côté hippie New Age joue avec l’interprétation marxiste du Christ comme premier communiste ainsi qu’avec l’image la plus courante de cette figure biblique.
Il faut cependant reconnaître que l’ambition est grande et le courage nécessaire pour mettre en scène de tels thèmes et choisir de les illustrer physiquement afin de proposer un théâtre accessible à un très large public. Et surtout d’en proposer une interprétation comique. Malgré des passages idéologisants, quelques répliques toutes faites et un humour parfois facile, ce spectacle est un spectacle ouvert et familial, abouti et professionnel, au croisé des chemins entre théâtre engagé, théâtre classique, critique sociale, qui a fait le choix d’un public large et assez conventionnel, un pièce somme toute très proche des comédies les plus traditionnelles.