À L'ÉPREUVE DE LA BEAUTÉ HUMAINEAprès avoir sillonné l’Europe avec quelques uns des ses spectacles cultes tel que La Chambre d’Isabella qui apparaît à ce jour comme une référence dans le bel itinéraire de Jan Lauwers, la Needcompany présente à Avignon le Bazar du Homard.

Nous voici admis dans la fabrique théâtrale de cet auteur, metteur en scène, cinéaste qui se présente avant tout comme un plasticien :
« C’est une certitude, c’est ma racine, celle qui me sert à utiliser toutes les autres disciplines que je considère comme autonomes. C’est la raison pour laquelle on qualifie mon théâtre de visuel. » J. Lauwers est l’auteur du texte de sa nouvelle création, pièce pour huit danseurs où de petites et grandes tragédies évoquent des fragments d’actualité sur un écran de fiction/friction. Une aventure théâtrale qui a débuté à Avignon l’été dernier sous la forme d’un Needlapd, cette fameuse formule d’ateliers – spectacles qui présentent au public les ébauches d’une œuvre. Jan Lauwers cherche visiblement à ce que le public se sente proche de son processus de création et lui confie le soin d’apprécier les différentes facettes de son univers.
« L’art se déroule dans la zone d’ombre où imaginaire et réalité se contrecarrent et c’est au spectateur de déterminer le sens de l’ensemble », précise-t-il dans l'un de ses essais.
Nous embarquant dans un bazar narratif qui entretient sans relâche le goût de l’insolite et de la provocation, la pièce relève d’un genre inclassable dans lequel la Needcompagny excelle d’ailleurs. Cette tragi-comédie décalée trouve son rythme dans le perpétuel renouvellement des formes qui la composent : musique, danse, arts visuels, chants. À travers une succession de récits et d’images, l’histoire d’une série de personnages traversés par une douleur dont ils essaient de s’accommoder nous est dévoilée : Axel n’a pu sauver son fils ; Mo
« dont on ne sait si c’est le diminutif de Moïse ou de Mohamed » ne possède aucune identité ; Salman
« n’est pas », il est un clone en proie à l’ennui ; Vladimir serait un violeur d’enfants… Au fur et à mesure que l’on appréhende ces vies incertaines, sombres, taraudées par le désir de vivre mieux, plus parfaitement –
« Tu voulais la perfection. Mais la perfection est tellement prévisible, monotone… ton homme nouveau, il crève de monotonie. » –, l’art revêt son rôle de producteur de pensée. Quel est notre seuil de tolérance pour les doutes et les faiblesses humaines ? À quel « life style » aspirons-nous ?
Des êtres les plus violents, Jan Lauwers parvient à cerner une beauté singulière. Ce théâtre qui se joue aux confins de l’absurde apparaît soudain comme une mise en perspective, extrême, logique et désarmante du réel qui nous assaille – les voitures brûlent. La question du sens revêt ici toute son importance dans des termes teintés d’un humour caustique :
What does a lobster mean ? Dès lors, l’artiste devient un médiateur entre le monde empirique et sa transcendance, mettant par là même nos consciences en péril.
Pauline BARASCOU
www.ruedutheatre.info
Le Bazar du homard, de Jan Lauwers Festival In d’Avignon, Cloître des Célestins
Du 9 au 15 Juillet
www.needcompany.org