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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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L’Iliade, Chant XXIII

PARADE RITUELLE ET MONUMENTALE

La mise en scène d’Anatoli Vassiliev de l’Iliade, Chant XXIII est rythmiquement et esthétiquement parfaite. C’est une dramaturgie riche et complexe, qui mêle des éléments spectaculaires de différentes religions et traditions asiatiques et occidentales.

Photo  © Compagnie Vassiliev

Au travers de ce métissage symbolique et culturel, Vassiliev semble chercher les origines communes des toutes les traditions, les racines des croyances et des luttes humaines de pouvoir. Les quarante-sept interprètes, robots aux ordres de leur metteur en scène, dansent et chantent, sévères et tragiques, jouant une humanité dominée par le destin et les dieux, mais qui tente de se faire une raison de la guerre. Des gestes d’arts martiaux, des actions de cérémonies orthodoxes, des pas de danse folklorique passent sur les corps en tension, voués à un long rituel de silence et d’immobilité, de combat et de prière. Dans un décor sobre et minimaliste, rappelant le théâtre grec antique, les robots-comédiens, habillés de kimonos japonais, portent en scène des objets appartenant à tous les siècles, représentant ainsi le retour cyclique des mêmes erreurs de l’humanité.

Mais Vassiliev ne donne pas au public des clés pour comprendre son spectacle. On ne doute pas que le travail du metteur en scène soit intelligent. Mais on ne voit qu’un défilé de symboles et d’objets dont on connaît la signification sociale et dont on ne peut comprendre le rôle scénique. Les différents tableaux de l’Iliade sont bien retranscrits visuellement, mais trop intellectuellement : Vassiliev semble avoir oublié qu’il met en scène pour un public, et semble avoir porté sur le plateau ses thèses scientifiques et morales, sans les retravailler pour faire participer le public à un débat. Le spectacle s’inspire du constructivisme russe, son esthétique rappelle aussi les ballets classiques créés sous le régime soviétique, tout comme les autres parades monumentales propagandistes. On ne comprend pas le pourquoi de ce spectacle, et on se trouve rejeté au début du XXe siècle, lorsque des corps-robots remplissaient les stades pour adorer le pouvoir du dictateur. Des combats entre deux individus ou entre deux groupes, des parades acrobatiques, des chants mystiques, des clichés sortis des films de série C sur le karaté et la culture japonaise forment enfin une trop grande confusion symbolique. Les comédiens semblent jouer un rite personnel, un secret sectaire, devant des gens qui ne sont pas initiés.

Enfin, pendant deux heures et quarante minutes, l’ennui règne à la Carrière Boulbon : les comédiens jouent pendant que les spectateurs discutent entre eux et font parfois attention à l’entrée en scène d’un nouvel objet symbolique. Pour de nombreux spectateurs, reste peut-être le regret de ne pas pouvoir se faire une idée personnelle de l’univers pourtant si mystique de Vassiliev.

Mattia SCARPULLA
www.ruedutheatre.info

Iliade, Chant XXIII, Les Funérailles de Patrocle, les Jeux, d’Homère, mise en scène d’Anatoli Vassiliev, Ecole d’Art Dramatique de Moscou, a été présenté le 14, 16 et 17 juillet, Carrière de Boulbon, Festival d’Avignon 2006

Informations : Festival Avignon In 04 90 14 14 60 
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