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SACRÉ MYSTERE
Cette année, les Hivernales accueillent dans le cadre de leur programmation estivale une version du Sacre du Printemps chorégraphié par Heddy Maalem. Cette oeuvre, rendue inoubliable par Nijinski en 1913, compte à ce jour parmi les pièces mythiques de l’histoire de la danse. L’oeuvre suscita la colère du public et entraîna une réelle confusion à l’époque. Elle est pourtant devenue un véritable genre en soi. A ce jour il existe près de 200 Sacres dont les fascinantes versions de Pina Baush, Maurice Béjart, Carlotta Ikeda…

La proposition chorégraphique d’Heddy Maalem est d’une facture totalement différente des précédentes. Quatorze danseurs de pays africains y multiplient les figures collectives avec rigueur et se livrent à une envoûtante frénésie sauvage autour de la mise à mort d’une jeune fille, dans un rituel qualifié de « primitif ». Heddy Maalem, ose une mise en scène aux confins des traditions et du contemporain qui confronte la pulsion des corps des danseurs à l’extraordinaire rythmique de la partition d’Igor Stravinski. Les corps sonores offrent une danse de la musique et semblent invoquer la folie. Le chorégraphe s’appuie sur un vocabulaire qui décline les espaces de la rage, du sexe et de la mort. Sous la conduite de deux danseurs jumeaux qui s’annoncent comme les maîtres de la cérémonie, hommes et femmes se déplacent en masse, s’agglutinent, se décollent et piétinent rageusement la terre soulignant ainsi la montée en puissance de la musique. Entre élans charnels, accouplements et secousses, s’immisce peu à peu une « sacrée angoisse », une noirceur qui trouve son paroxysme dans une scène d’étouffement de l’élue promise à un viol. Le sexe devient terrifiant, ce n’est plus le printemps qui s’accompagne de la montée de la sève irriguant les danseurs d’un bout à l’autre de la pièce mais la terreur et l’excitation de la mort qui s’annonce.
On sait que la partition de Stravinski faisait entendre par avance le fracas des armées qui allaient s’affronter dès 1914 et que son œuvre condensait à la fois toute la barbarie du XXème siècle ainsi que sa modernité. Tout ceci n’est pas sans rappeler L’Ordre de la Bataille, pièce qui succéda à Black Spring, et dans laquelle les danseurs annonçaient le chaos à venir dans une marche militaire. Les mots d’Heddy Maalem évoquant l’Ordre de la Bataille permettent d’opérer une brève passerelle avec le Sacre qui nous est présenté : « L’ordre vient de très loin confondu dans nos signes et le bruit de nos jours. Il dit la fin ensemble dans la nuit enfermée. Soumis déjà avant d’avoir vécu, piégés quand nous croyions lever les pièges, victimes et puis coupables… Nous piétinons ensemble, marchant comme des oies, vaste troupeau émancipé… voilà notre ruée. ». Fin de la trilogie.
Pauline BARASCOU
Le Sacre du printemps - Chorégraphe : Heddy Maalem Musique : Igor Stravinsky Bande son : Benoît Declerc Images : Benoît Dervaux Festival Off, Théâtre des Hivernales 18 rue Guillaume Puy, 84 Avignon
Du 10 au 24 Juillet, relâche le 17 juillet Réservation : 04 90 82 33 12