COMMENT TAIRE POUR MIEUX DIRE ?Au sol, une dizaine de corps enchevêtrés, une mélasse de corps, une pâte à modeler les saynètes, prête à l’emploi. Sans mot dire. Remplacer la parole par tout le reste. L’exercice n’est pas facile même s’il compte depuis des lustres dans tout bon manuel pour comédien. Jouer le sentiment, pas le mot. Et le remplacer, le suggérer, par des onomatopées, des bruitages, des borborygmes en tout genre pour alimenter l’imaginaire du spectateur.

Nous voilà donc partis pour une heure et quart de petites formes nées d’improvisations où l’on retrouve parfois l’esprit d’un Gottlieb et des expressions au pied de la lettre (mort de rire, aller en boîte…). Remarquable, l’une des scènes d’ouverture semble typique du savoir-faire de ces jeunes comédiens et comédiennes. Une altercation dans un couple (Julien et Yasmine, les comédiens). Banal, si ce n’est que seule la lettre « a » modulée, triturée, désarticulée donne le sens : la précision est telle que l’on peut se concentrer et s’amuser à reconstituer les phrases. Plus tard, un homme (Alban) entre dans une discothèque par un moyen inattendu, une jeune femme s’isole de la piste de danse pour aller aux latrines et se met à pêcher dans l’évier, soutenue par une chorale de bruiteurs. Poétique et créatif.
Un peu plus tard encore, sans doute l’une des saynètes les plus achevées, alors qu’il ne s’y passe rien d’extravagant en termes de scénario : l’homme (Romain, un avenant dégingandé qui pourrait être le frère jumeau de Vincent Cassel ) et son chien (Julien, dont on devine le sens pointu de l’observation dans ce toutou plus vrai que nature). Savoureux instants de rire.
Enfin, une réjouissante et fraîche interprétation d’un film muet et les cocasses rebondissements d’un trio amoureux qui se tue et s’entretue à répétition (Romain et Alban, encore très bons).
L’ensemble peut décevoir toutefois par ses longueurs et son caractère franchement inégal, avec le sentiment de temps à autre d’un spectacle de fin d’année des Cours Florent. Comme cette scène de flamenco mal chorégraphiée, où la sensualité, qui peine à se dégager d’un combat de femmes, est également mutilée par les gifles trop factices que se lancent les comédiennes. S’agissant du final, une fanfare constituée d’instruments de fortune, un poil trop cacophonique, escamote l’intérêt qu’il y aurait eu à entendre chacun faire sa partition ; plus d’impro autour de ce thème aurait sûrement pu faire naître de lumineuses propositions. Mais la plus grande gêne pendant ce spectacle provient des voisins de strapontins ; il faut se tartiner les interrogations hasardeuses des mouflets et les interprétations insipides de leurs parents. Le public a horreur du vide.
Sans commentaire nous prouve pourtant que la parole au théâtre n’est pas toujours nécessaire et offre un divertissement et une pause bienvenus dans un théâtre français, parfois bavard, où le corps de l’acteur et l’imaginaire du public ne sont pas assez sollicités.
Stephen BUNARD
www.ruedutheatre.info
Sans commentaireCréation collective.
Productions de la Fabrique /
Ile-de-France.Festival Off – Collège de la Salle
Jusqu’au 30 juillet à 19h00 - durée : 1h15