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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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Asobu

ASOBUMENT PERPLEXIFIANT

Indéchiffrable Joseph Nadj… Le spectacle qu’il présentait dans la cour d’honneur du palais de Papes était réellement « perplexifiant ». Comment en effet nommer une prestation indéfinissable par essence puisqu’elle relève d’un langage physique, inspiré par une langue peu préhensible, tirée de l’univers halluciné et nomade du poète belge Henri Michaux.

« Depuis que j’ai découvert que l’homme qui monte sur les planches d’un théâtre crée un paradoxe, un mystère qui reste indéchiffrable, moi-même je me suis accosté à cet espace. ». Ces quelques mots de Joseph Nadj résument à eux seuls le sentiment que produit son Asobu. Hommage au voyage, le spectacle se veut un croisement des quatre univers de l’artiste Nadj, à savoir théâtre « dans tous ses états » (danse, marionnettes, mime…), littérature, art visuel et musique. S’ouvrant sur une longue table, qui semble évoquer une dernière Cène, avec son pantin au yeux bandés, installé comme présidant le rituel à venir, le spectacle rend également hommage à la calligraphie, que ce soit dans les vidéos aux traits fins projetées sur le mur du fond, chevaux en envolée sauvage ou village d’enfance de l’auteur, ou dans les corps mêmes des danseurs, évoquant les « taches-mouvements » du plasticien Michaux. Danseurs dont il convient de souligner la performance sublime, à la fois techniquement et poétiquement…

Photo © Christophe Raynaud de Lage

De la Grâce, bien sûr, mais également une maîtrise physique incroyable, quasi inhumaine. En témoigne ce moment inoubliable, quand, en chœur, ils se livrent à un numéro sur une seule jambe, à la fois drôlatique et désespérément mélancolique, occultant par sa magie la performance des corps. De superbes moments de choralité dansée ponctuent ainsi l’œuvre, puissants et très fins…
Cependant, entre ces instants oniriques, le temps semble suspendu, en attente, presque trop long. Ne commence-t-on pas à consulter sa montre par-ci par là ? De la musique aussi… Un orchestre lancinant et fort à la fois, vaguement dissonant… Mais passé l’envoûtement des premiers moments, un malaise. Ce son d’inspiration chamanique ne parvient pas à envoûter vraiment. Simplement parvient-il à agacer au bout d’une heure de spectacle.

Techniquement, le résultat est certes superbe. Mais il manque toutefois ce petit « je ne sais quoi » de magique, qui réussirait à hypnotiser. Une très jolie soirée, oui. Un soir transcendant, pas vraiment… Un voyage chorégraphié au pays de l’incongru et de l’incompréhensible… de bizarre en saugrenu, quoique magique, un innommable, joli et très fin, mais un peu vide, en quelque sorte…

Isabelle PLUMHANS
www.ruedutheatre.info

Asobu, de Joseph Nadj
Présenté du 07 au 13 juillet, à 22 heures dans la cour d’Honneur du Palais des Papes.
Durée 1 heure 30.
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