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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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Gyrations of barbarous tribes (danse)

LE TONITRUANT TOURNOIEMENT DES CORPS

La scène dévoile progressivement la silhouette d’un danseur « long » et bondissant devant un panneau – écran qui soudain se disloque. L’univers sémillant qui apparaît est celui du collectif Kubilai Khan Investigation, désormais réputé internationalement pour son "Comptoir d’échanges artistiques" composé de danseurs, musiciens, artistes de cirque, vidéastes et photographes.


À Maputo, au Mozambique, le collectif a conçu, sous la direction de Franck Micheletti, Gyrations of barbarous tribes (Tournoiement de tribus barbares) avec les danseurs de la compagnie mozambicaine Culturarte dirigée par le chorégraphe Panaibra Gabriel. Ils sont allés loin, ils ont ramené une trouvaille : l’art de se couper du monde, de laisser le corps générer le mouvement et le mouvement générer l’espace. Six danseurs, trois musiciens pour une sarabande endiablée, obligeant la joyeuse troupe à s’arracher à la pesanteur. Une énergie presque irrationnelle se dégage de leur gestuelle faisant ainsi éclater la joie des corps. Un flux de joie. À la recherche d’une identité partagée, chacun initie des mouvements aussitôt repris par le groupe avec une fougue décuplée. Tous s’imprègnent de la folle vitalité des rythmes africains avec gourmandise de manière à ce que jaillisse un langage commun, solidaire, encourageant.

À mi-chemin entre battle (« combat » en danse hip-hop qui consiste à surenchérir sur la prestation précédente d’un danseur) et simple mise en jeu des corps, sourires et regards s’échangent. Chacun trouve l’espace nécessaire à l’expression du courant électrique qui le traverse et se trouve propulsé dans une danse généreuse. La matière impulsive, duelle qui émerge fait échos aux nombreuses frictions dont il est question dans la pièce, à savoir : tension/relâchement, plis/déplis, passion/mépris, libre/captif. L’essentiel consiste à troubler et élargir la perception du mouvement, à éviter l’enfermement des genres (traditionnel et contemporain) dans des considérations figées. Les corps se déchaînent, explosifs, et martèlent le sol aux allures de terre – repère inflexible et solide ou tremplin pour une élévation. Les tribus tournoient, les barbares n’ont qu’à bien se tenir puisqu’il y a « dans le bas de la mémoire, le ciel. Des restes. Des restes de lumière dont on ne sait que faire. » (Henri Michaux). Comme l’écrivain Daniel Sibony l’exprime si justement dans son ouvrage "Le Corps et sa danse" : « Pratiquement toutes les question de l’humain sur le monde et le mode d’être singulier ou collectif ont leur version. » Gyrations of barbarous tribes nous en offre une, délicieuse.

Pauline BARASCOU
www.ruedutheatre.info

Gyrations of barbarous tribes »
Chorégraphe : Franck Micheletti assité de Dimitri Jourde et de Gabrielle Pamabra Scénographie et lumières : Ivan Mathis - Costumes : Sarah Weillon

Festival Off, Théâtre des Hivernales 18 rue Guillaume Puy, 84 Avignon
Réservation : 04 90 82 33 12 - Du 10 au 22 Juillet relâche le 17 à 13h00
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