DAVAÏ !A mon arrivée, quelqu’un m’a dit « cette fois tout est au galop ». Tout ? Même Bartabas ? Non, car sa seule apparition dans son nouveau spectacle créé à Aubervilliers durant l’hiver s’effectue… sur un âne. Mais la troupe a effectivement travaillé sur le rythme, le tempo et tous, hommes, chevaux, musiciens accélèrent la cadence. Passées les portes d’entrées et comme à l’accoutumée, la structure créée à l’origine par P. Bouchain a subi des modifications scéniques. Et une fois encore, l’emplacement des musiciens est différent. Installés dans les gradins, ils se font face, surplombant les entrées et les sorties des cavaliers. Cordes et cuivres se matent ; les musiciens se répondent comme autrefois les Géorgiens et les Berbères dans l’Opéra Equestre. Mais il n’est pas question ici de joute musicale opposant deux cultures ; il s’agit d’un écho, d’une rive à l’autre.

Photo © Chistophe Raynaud de Lage
Au cœur du chapiteau et complétant l’emballement musical, tombe une pluie dense mais régulière sur le troupeau de chevaux argentins. Noirs et crèmes tournoient ensemble laissant peu de place aux hommes. Puis les cavaliers surgissent de nulle part coiffés de borsalino et vêtus de costumes trois pièces, appelant dans un langage inconnu au ralliement festif. Enfin, la voltige « djiguite » et les numéros d’acrobatie équestre de type circassien. Les figures s’enchaînent : vire-tourne spectaculaires (après avoir posé les deux pieds par terre, le cavalier fait le tour du pommeau), les chandelles, les travers d’encolure, les périlleuses postes où le cavalier se tient debout sur deux chevaux lancés au galop. J’ai aussi vu un homme effectuer « un passage sous le ventre à la Russe en seule fois et tête la première » comprenez : passer sous le ventre du cheval au galop. Se succèdent alors une improbable mariée, un voltigeur dénudé, des amoureux en fuite et une bête de cirque. Crescendo les séquences s’ensuivent, burlesques, et des attelages (typiquement roumains) encombrées de chiens et d’hommes culbutent sur la piste.
La prouesse technique tant sur le plan de la voltige que sur la réalisation des attelages et des éléments « hydro-lumineux » est indéniable. Dans ce nouveau spectacle, Bartabas renoue avec ses précédentes créations (
Cabaret Equestre et
Opéra Equestre) et nous offre au galop toujours, l’aspect folklorique des Balkans que nous ne nous lassons de voir chez Kusturika. C’est enjoué et spectaculaire même si le metteur en scène ne fait pas de démonstration de dressage sur l'un de ses chevaux favoris. On est loin des dernières créations plus esthétisantes et reflets d’une identité culturelle (musiciens et danseuse indiens dans
Chimère), chanteuse traditionnelle coréenne (
Eclipse) ou musique tibétaine (
Lougnta). Il est question d’amusement et de folle dérision dans cette mise en scène sincère d’un regroupement gitan.
Battuta, la battue du galop en tzigane est aussi la battue du rythme, entraînant, galopant… toujours plus vite.
Priscilla GUSTAVE-PERRON (Avignon)
Battuta, Théâtre équestre Zingaro, de Bartabas
Festival d’Avignon (In) Du 6 au 27 juillet inclus Chapiteau Domaine de Roberty, Le Pontet.
Une série d’avant-premières du spectacle sera proposée au public les 29, 30 juin et les 1er, 3 et 4 juillet à 22h.