MIME DE RIEN !Dans son premier spectacle, Emilien Gobard est
l’Homme de Rien. Son corps est son seul instrument pour raconter avec humour et poésie les aventures de Ménil, en lutte contre la réalité. Une démonstration de pur mime.
« Le mime, c’est raconter une histoire sans décor, sans accessoire, sans texte. C’est tout imiter. » Sur une scène exiguë, Emilien Gobard se donne 50 minutes pour donner corps à la définition de son art. Pompier et pyromane, Père-Noël et rêne, mouche et cosmonaute ou fossoyeur flirtant avec la mort, le mime se fait le moule de toutes les formes, l’éventail de toutes les situations, l’expression de toutes les émotions. Son corps est un scénario en puissance ; un tour sur lui-même et l’histoire continue. Et son personnage, Ménil, ne cesse de virevolter dans le monde. Il grimpe aux échelles, se glisse dans des cheminées, rampe dans des couloirs souterrains, chasse la drosophile sur Mars…
L’Homme de Rien lutte pendant 50 minutes contre la réalité, jusqu’à une acceptation raisonnable et joyeuse de son sort.
C’est de ce combat avec les normes de la vie réelle que naît le burlesque. Car Ménil ne peut s’abstenir de les empoigner, de les contourner et finalement de les enjamber. Pyromane se délectant devant la chaleur des flammes, il est aussi pompier, ravi de polir son casque chromé, pétrifié de vertige en haut de son échelle et prêt à tout pour s’attirer les honneurs et les photographes une fois la mission accomplie. A l’arrachée, à grands coups de bélier : peu importent les moyens.
Du mime militantDrôle, inventif, maître de sa technique, Emilien Gobard ne s’économise pas sur scène. Pirouettes, roulades, sauts écarts : il en met plein la vue au spectateur, allant presque jusqu’à créer une sensation de tournis.
« L’ambition de ce premier spectacle par rapport au public est de faire connaître la technique corporelle du mime », explique-t-il. Une conception quasi-militante de son art qui lui fait explorer d’autres voies que celles du mime français traditionnel.
L’Homme de Rien est loin de l’imagerie éculée du mime à la larme à l’œil, au masque blanc et cireux, à la marinière étriquée, aux godasses qui baillent. Rien à voir non plus avec la pantomime de Jean-Louis Barrault dans
les Enfants du Paradis de Marcel Carné (1945).
Le mime d’Emilien Gobard est d’obédience polonaise, situé quelque part entre la danse et le théâtre. Il a appris cette technique au Studio Magenia, à Paris.
Son principe : utiliser le moins de moyens possible pour créer le plus d’effets possible.Les quatre solos de
L’Homme de Rien ont été écrits entre l’adolescence et l’âge adulte et sont le reflet du temps de l’apprentissage technique.
« Ce spectacle pour moi, c’est comme un chef d’œuvre d’artisan à la fin de ses études. Ce sont les leçons d’Ella Jaroszewicz mises bout à bout. » Un premier spectacle qui permet au disciple de rendre à son maître ce qu’il lui a donné. Avant de transformer et de transmettre la technique, à son tour. Suite au prochain numéro.
Marion GUÉNARD (Paris)
L’Homme de Rien
Pantomimes burlesques d’Emilien Gobard
Théâtre Pandora 30 rue Keller, Paris 11ème
Samedi 19 h Dimanche 15 h Lundi 20 h 30 + d'infos : 01 47 00 88 01
Jusqu’au 5 juin 2006