"HOUELLEBECQUISATION" DES ESPRITS
Les voies médiatiques ne sont pas facilement pénétrables. Pourtant, Norbert Bulot, campé par Christophe Bourseiller, modeste enseignant va connaître les joies de la célébrité après un premier roman à succès, qui critique précisément l’ère du temps et la bulle médiatique. Il va très vite se retrouver aspiré par les mondanités, enchaîner les émissions de promotion et pervertir sa naïve vision du monde, jusqu’à en abandonner son esprit critique, dans la fange élitiste et parisianiste dénoncée plus tôt. Tout est pour le mieux dans le meilleur – ou le pire – des mondes caricaturés. Ainsi, la parole de l’homme libre peut-elle le rester ? L’attrait des paillettes est-il si fort qu’il use et lisse fatalement ceux qui faisaient encore de la résistance ? Mêmes détracteurs féroces des « laveurs de cerveaux » qui vendent du « temps de cerveau disponible », sommes-nous condamnés, à être, comme le papillon, attirés par la lumière ? La « houellebecquisation » des esprits nous guette, semble dénoncer le texte de Patrick Tudoret. C’est finalement le mépris de son Bulot, sorti inopinément de sa coquille anonyme, qui sera la clé d’entrée la plus efficace dans cet univers médiatique honni.

La mise en scène, réduite a minima, propose une douzaine de moments zappés, comme autant de saynètes, qui se suivent sans réelle queue ni tête. La distribution hétérogène sous-emploie
Serena Reinaldi en stagiaire potiche, entichée trop subitement d’un Bulot empesé, fat et à la lisière de l’antipathie. On ne peut rien reprocher aux comédiennes qui incarnent l’attachée de presse superficielle, la journaliste cocaïnomane et nympho et l’insupportable éditrice, si ce n’est que les prestations parodient la parodie, sans doute à la demande d’une direction d’acteurs à l’inspiration discutable. Heureusement, Cris Campion est excellent en Jiminy Cricket de Bulot, conscience, parfois bonne, parfois mauvaise, tantôt diablotin qui dit tout haut ce que le parvenu de l’écriture pense tout bas, tantôt ange bienveillant et pragmatique.
La dénonciation de l’ensemble manque de subtilité et de force, par des références trop directes, des scènes parfois grotesques – Bulot dansant en boîte avec la journaliste – de sorte qu’il reste surtout du spectacle le sentiment d’une farce brouillonne pour provinciaux en goguette dans la capitale, qui voudraient se payer l’archétype parisien des médias et de la com l’espace d’une soirée. Ces
Hauts Plateaux, et c’est dommage, ne volent pas tant qu’annoncé dans les hautes sphères.
Avec notamment Christophe Bourseiller, Cris Campion et Serena Reinaldi.
Jusqu'au 27 mai 2006, à 19h.