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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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Illusions comiques

POÈTE, VOS PAPIERS !

Premiers pas dans le monde caractéristique d’Olivier et, carte blanche pour ce dramaturge, metteur en scène, comédien, réalisateur. Au théâtre du Rond-Point tout n’est que Py. Il s’octroie avec ferveur tous les espaces scéniques et argue salle Renaud-Barrault ses Illusions comiques : « Le poète découvre avec ses camarades que le monde entier est soucieux de sa parole. Il devient en quelques heures le prophète et le héros qui peut répondre à tous les désarrois du siècle et à toutes les inquiétudes éternelles. Le pape lui-même vient lui demander conseil. Le monde entier, les politiques, les prélats, les marchands de mode, sont soudainement pris d’une épidémie d’amour du théâtre. De leur côté, ses camarades comédiens Mazev, Fau, Girard, Balazuc, dans leurs propres rôles, restent dubitatifs sur ce succès cosmique de leur art et défendent que, pour le monde, le théâtre doit faire du théâtre et du théâtre seulement. »

Crédit photo © DR théâtre du Rond Point

Dans un décor moitié coulisses, moitié scène (une scène dans la scène ?), voila une mise en abîme qui nous propulse au cœur même du « pour quoi le théâtre ? ». Résoudre l’équation est un pari que le dramaturge se fixe tout au long de cette pièce qu’il qualifie de « farce, pièce satirique, comédie philosophique ». La caricaturale mère du poète « Moi-même », les leçons de théâtre, l’opportunisme des politiciens, les débats sans fond sont autant d’intermèdes hilarants dans l’ascension fulgurante du poète.

Michel Fau en lui-même mais également en tante Geneviève est remarquable. La scène durant laquelle tante Geneviève répète sur plusieurs modes d’intonation une phrase typiquement théâtrale est formidable. C’est une vraie leçon d’acteur. E. Mazev est parfaite en mère hystéro-castratrice d’un poète « à maman » qui, par arrivisme et dénonciation de son propre fils, sauvera sa peau. Déchu, le poète finira, après avoir pris le thé avec Dieu, en costume molletonné et intégral de lapin bleu. Drôle de reddition. O. Balazuc et P. Girard excellent dans les rôles de prélats et politiciens merdiques à l’affût des moindres phénomènes de mode rentables pour leurs propres comptes. Les comédiens sont fidèles au dramaturge et la réciprocité est une évidence…

L’évolution du décor s’effectue « à vue » et des panneaux rectangulaires illuminés de couleur primaires (très Mondrian) coulissent près des acteurs. Ils sont accompagnés sur scène par les musiciens M. El Fassi et P. Weitz, piano et cuivres. Ces Illusions comiques (allusion à Corneille) fournissent la garantie que la réflexion sur le théâtre n’est, de nos jours, pas morte et que la parole, le "dire au monde", continue. J’avouerais que parfois le sens m’a échappé mais qu’importe, la verve, elle, est restée. « C’est quand le théâtre parle de lui-même qu’il parle paradoxalement le plus justement du monde. » défend le dramaturge. Tout est Py.

Priscilla GUSTAVE-PERRON (Paris)

Illusions comiques par Olivier Py
Texte, mise en scène et lumières : Olivier Py
Décor, costumes et maquillages : Pierre-André Weitz
Musique : Stéphane Leach
avec : Michel Fau, Philippe Girard, Elisabeth Mazev, Julien Mouroux, Olivier Py
et les musiciens : Mathieu El Fassi, Pierre-André Weitz
Création le 29 mars 2006 au Centre Dramatique National à Orléans

Théâtre du Rond-Point à 20 h 30
Durée du spectacle 3 heures
Jusqu’au 3 juin 2006
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