KITCH ELLIPSES A l’origine, un film de Hal Ashby qui, après avoir défrayé la chronique à sa sortie en 1971, devient culte au point que suivront un roman et une adaptation théâtrale de Jean-Claude Carrière. Un texte que les compagnies Pourquoi et Métamorph’Théâtre auront sabré pour nous en livrer une version kitch que l’interprétation parvient difficilement à sauver. Quand Harold, 18 ans, rencontre Maude, à l’aube de ses 70 printemps, il n’a qu’une idée en tête : se suicider, quitter un monde qui ne lui porte aucun intérêt et qui ne lui inspire pas plus de sentiments. Il s’y entraîne déjà depuis quelque temps, au grand dam de sa mère, qui préfèrerait, entre deux réceptions mondaines, lui trouver une jeune fille de son rang qui lui ferait de jolis petits-enfants. Contre toute attente et faisant fi des convenances, le jeune homme recouvrira le goût à la vie aux côtés d’une femme qui pourrait être sa grand-mère, si elle n’était pas un modèle de simplicité, de légèreté et de liberté - d’ordinaire attributs de la jeunesse.
Malheureusement, le public néophyte, même sincèrement touché par cette histoire d’amour hors-normes, cernera difficilement son enjeu, vital au sens littéral du terme, tant les ellipses dans le scénario originel seront nombreuses… Et si c’est le principal reproche qu’on puisse faire à cette présentation, on regrettera également le kitch exagéré de la mise en scène, sans parler d’une utilisation mal maîtrisée de l’outil vidéo. L’idée de mettre à l’œuvre les multiples talents de la comédienne, également artiste peintre, sculpteur et plasticienne, était pourtant séduisante sur le papier… Sur scène, l’univers de Maude en perd de sa simplicité et de son intemporalité. On regrettera d’autant plus ces défauts qu’ils desservent l’interprétation juste et tendre de cette aventure extraordinaire qu’en font Gianna Canova et Arthur Marraud des Grottes, des étoiles dans les yeux…
Une version à mûrir qui, pour l’instant, aura au moins le mérite d’inciter au visionnage de l’œuvre cinématographique.
Aurélia HILLAIRE
Réactions du public : « J’ai bien aimé, l’histoire est jolie. C’est particulier. »
Ludivine, 12 ans.
« C’est plaisant, mais pas franchement enthousiasmant quand même. »
Marie-Odile, 60 ans, retraitée.
« Pour moi, c’est des tranches de saucisson, mais d’un très bon saucisson. C’est-à-dire que je connais le spectacle en entier, et je me demande si les gens ont compris qu’Harold est suicidaire et qu’il n’a qu’une pensée, c’est de mourir. Comment on le devine que, grâce à elle, il retrouve la vie ? Grâce à la chanson de la fin ? Je trouve que c’est demander beaucoup au spectateur. Par contre, l’interprétation est magistrale. Harold surtout est fantastique. »
Deux membres de la Compagnie Ail et Fines Herbes, qui interprètent également Harold et Maude à Aix-en-Provence notamment.
Harold et Maude, tous les jours du 10 juillet au 2 août au Théâtre de l’Etincelle à 14h
Cies Pourquoi et Métamorph’Théâtre
Adaptation : Claude Carrière
Mise en scène : Bruno Dairou
Interprétation : Gianna Canova, Arthur Marraud des Grottes, Fabien Duprat