AMOURS ET COMPL-EAUX Souple comme le bois, cette Commedia Dell’Arte sur tréteaux mélange avec bonheur tradition et actualité. Des comédiens attachants, une histoire incroyable à souhait et citoyenne pour un spectacle à voir en famille. Ils appartiennent à deux familles et se détestent cordialement. A droite, les Saint-Gervais, menés par la Comtesse, une vieille femme revêche accompagnée de son fils, sa fille ainsi que de Momo, leur serviteur. A gauche les Ben Ifri : Le capitaine Matamor, tuteur, et les deux rejetons de la lignée. Les deux familles s’insultent copieusement, se battent en duel à longueur de temps, intriguent et complotent sans relâche… simplement pour de l’eau.

Lassés de se battre pour l’unique source qui leur permet simplement de survivre, quand elle permet aux Saint-Gervais de laver leurs cochons dans des jacuzzis et de détendre leurs poules dans des hammams, les Ben Ifri décident de marier Djamel à la fille du propriétaire légitime de la source, la jolie mais très éloignée (parce qu’elle vient de Chine) Tang Tsé Kiang.
De la haine à l’amour il n’y a qu’un pas et les deux familles passeront sans cesse de l’un à l’autre avec une allégresse communicative. Les thèmes de la Commedia Dell’arte, et les gestuelles qui y sont associées, sont revisités sans être trahis par la très dynamique Compagnie du Mystère Bouffe. Les huit comédiens, venus des quatre coins du monde, nourrissent leurs jeux des particularismes liés à leurs origines et c’est là toute la réussite de cette pièce très sympathique, dénuée de temps morts et remettant au goût du jour la Commedia Dell’arte.
On rit, beaucoup, on apprécie les combats et l’histoire rocambolesque de la pauvre Tang Tsé Kiang et on prend conscience aussi de l’importance de l’eau qui risque de devenir dans le futur une denrée très disputée. La petite pique assénée en fin de spectacle contre les tarifs de location des salles du festival finit de nous convaincre de l’indépendance et de l’intelligence d’une compagnie qui a compris que s’amuser et réfléchir n’était pas antinomique.
Morgan LE MOULLAC
L’Incroyable Histoire de Tang Tsé Kiang
Espace Alya 18h jusqu’au 31 juillet - Réservation 04 90 27 38 23
Scénario et mise en scène Gilbert Bourébia
Chant Emmanuelle Isenmann
Pantomime Benoît Turjman
Chorégraphies Nelly Quette
Masques Stefano Perocco
Combats Bob Hedel Roboth
Avec Stella Carrozza, Mathilde De Groot Van Embden, Khaled Kacet, Soufian Khalil, Benoît Turjman, José Luis Vivallo, Nathalie Waller, Yu Baï Zhang.
Photo © DR