L'AUTRE COMEDIE HUMAINE A travers une succession de tableaux peints au vitriol, la compagnie Théâtre Druga Strefa nous propose une réflexion autour du Mal, ses origines et ses conséquences. Le résultat, violent, peut susciter la polémique. Viols, vols, torture... Tout passe mieux en chansons! Même le plus horrible parait moins terrible lorsqu'il est chanté. Mais, lorsque la musique s'arrête, lorsque les danseurs disparaissent, ne restent plus que les mots et les gestes. Cette impression de salissure, cette compassion pour cette victime, là, sur scène, face à nous. Le choc né de ce décalage n'en est que plus brutal. La violence est omniprésente: grimpant, s'immisçant crescendo, jusqu'à un final bouleversant.
Un show cynique Sept scènes, sept portraits. Portraits de victimes ou de bourreaux : de la veuve au violeur, en passant par le fonctionnaire borné et le banquier avare. A travers ces cas isolés, c'est une société qui est dépeinte, et ses travers qui sont dénoncés. Aborder des thèmes graves avec humour n'est pas une tâche aisée. Toute est ici une question d'équilibre. La troupe a su éviter de tomber dans l'appât facile du mauvais goût ou de la méchanceté gratuite. Le rire est jaune ou noir mais jamais graveleux.
Une scène vide, meublée de quelques chaises et de jeux de lumières, des chorégraphies simples ou empruntées, Sylwester Biraga a opté ici pour un certain minimalisme dans sa mise en scène. Une idée qui fait donc la part belle aux comédiens. Lesquels doivent, de fait, redoubler de talent pour capter l'attention du public. Polonais, jouant en français, leur conviction et leur talent réussissent à nous faire oublier les barrières de la langue pour créer une expérience universelle.
Mais le message sous-jacent est néanmoins dérangeant. Le Mal est-il partout ? Sous nos yeux, des scènes drôles et anodines se transforment en drames ordinaires et des personnages attachants en infâmes tortionnaires. Malgré quelques « happy-ends » moralisatrices faites de remords et de punitions infligées aux monstres, le bilan dressé par la troupe semble résolument négatif. Pessimistes ? Peut-être...
Sébastien COTTE
Les réactions du public:
« Une pièce percutante et troublante servie par des comédiens talentueux. La mise en scène et les chorégraphies sont excellentes. A travers sept beaux tableaux parfois pessimistes, notre société est passée au crible. »
Isabelle, 52 ans, psychologue
Fin, à L'Entrepôt (1 ter boulevard Champfleury 84000 Avignon) Réservation: 04 90 86 30 37
Du 15 au 24 juillet à 18h30
Mise en scène, chorégraphie et scénographie : Sylwester Biraga
Avec: Beata Bójko, Halina Chrobak, Magda Kacprzak, David Foulkes, Tomasz Piątkowski, Marek Pituch, Jakub Wons, Tomasz Zaród.
Photo © DR