L’AFRIQUE EN NOIR ET SURTOUT EN BLANC Au Pulsion théâtre, Eric Bouvron vous convie à redécouvrir l’Afrique de son enfance avec les armes de l’enfance, un regard neuf sur un continent fascinant et une capacité, sans cesse renouvelée, à s’émerveiller. Lorsqu’il surgit sur scène, avec ses yeux écarquillés, son teint de « toubab » et son short de touriste allemand, on s’étonne. C’est qui celui-là ? Tintin au Congo ? Nullement. Car on ne trouve dans son évocation du continent noir aucune trace de paternalisme, de « Bonjour Missié », de « Y’a bon Banania ». Lui, c’est un vrai amoureux de l’Afrique, un fils de cette terre et, lorsqu’il se moque un peu, c’est avec une sorte de tendresse, de nostalgie également pour la contrée de sa jeunesse.
Mais, venons-en au spectacle. Cela se présente comme une sorte de conférence, plutôt burlesque, où il convoque les bêtes et les gens, les bêtes surtout dont il mime avec un talent parfait les apparences et dont il imite les feulements, les grognements, les rugissements. Il a, dans cette faune pittoresque, une certaine prédilection pour les oiseaux. Il les croque comme le ferait un naturaliste ou un auteur de bande dessinée. D’ailleurs, il est aussi dessinateur et griffonne pour le public un roi lion, un majestueux éléphant ou une cigogne unijambiste.
Entre humour et nostalgie Mais Eric le téméraire ne craint pas de se lancer dans le domaine réservé des Africains : le rythme et la danse. Là, son comparse se fâche. C’est Mathos, un percussionniste congolais. Évidemment, il trouve que ce blanc danse comme un pied et ne sait pas vraiment jouer du jumbé. Leur dispute, dans on ne sait quel dialecte, vaut son pesant de piment. Bientôt, cependant, Eric reprend son propos d’ethnologue pour tréteaux de foire, de saltimbanque de la brousse. Pour finir, à la demande du public, il vous mimera les sports que l’on voudra et terminera en apothéose déguisé en paon faisant sa roue avec le rideau de fond de scène.
Élève de Jacques Lecoq, Eric Bouvron maîtrise toutes les disciplines du spectacle : le jeu, la danse, la musique ou le mime. Mais la prouesse technique ne serait rien, sans l’aimable présence de ce personnage rayonnant qui vous fait pénétrer, tout en douceur, dans l’univers poétique d’une éternelle Afrique.
Yoland SIMON
Afrika d’Eric Bouvron au Pulsion Théâtre, à 16h40
Interprètes Eric Bouvron, Mathos
Mise en scène Sophie Forte
Réactions du public: Adjectifs recueillis en vrac auprès d’un groupe d’adolescents:
« Magnifique, drôle, poétique, imaginatif, chaleureux, humoristique, plein d’amour. »