DE LA FOLIE AVANT TOUTE CHOSE Un mouvement endiablé, des courses-poursuites, des costumes et des coiffures inimaginables, des masques et acrobaties, des musiques et lumières généreuses : voilà comment, depuis quelques années, le Kronope revisite avec bonheur les classiques, dont Les Fables
, Knock
, Le Malade imaginaire
, cette année les Précieuses
. C’est peu de le dire, il faut le voir... Le public ressort toujours un peu éreinté des représentations du Kronope, tant il est pris lui-même par ce maelström irrésistible, cette exubérance communicative. Six comédiens seulement pour l’ensemble des rôles exploitent toutes les ressources du comique, puisant dans leur imagination une vigueur toujours renouvelée.
Du rythme, encore du rythme, toujours du rythme Du visuel, beaucoup de visuel. Mais aussi un univers sonore très riche, où le texte - ici une pièce en un acte et en prose, relativement courte - est pleinement immergé dans une bande-son elle aussi désopilante.
Toutefois, l’outrance n’est jamais gratuite, l’acrobatie ou la mimique toujours signifiante, l’excès jubilatoire, la truculence roborative. Par le grotesque, c’est spontanément qu’explosent les ridicules et les mesquineries des hommes et des sociétés.
Cathos et Magdelon, deux jeunes provinciales, imaginent qu’à Paris, où elles viennent d’arriver, elles vont trouver un monde à la mesure de leur prétention de beaux esprits et de cour d’amour. Piaillantes, gloussantes, trépignantes et cocasses, elles deviendront victimes de leur aveuglement. Leurs prétendants présumés, par leur extravagance, leur « enflure » - au sens propre pour l’un d’entre eux -, tout en menant le bal, deviennent eux aussi les clowns de la farce. Tel est pris...
La mise en scène, d’une judicieuse perfection, dénonce à la fois le chassé-croisé des rôles, la fonction pernicieuse de l’image, le souci inconvenant du regard d’autrui et le danger des chimères. Le décor, très élaboré, allie un foisonnant jeu de miroirs et une cage centrale, où les ailes des jeunes filles se heurteront inévitablement. On entre, on sort, on court, on ouvre les grilles de la volière, on les claque. Des trouvailles permanentes, qui font de chaque création du Kronope une nouveauté, mais marquée d’un sceau entre tous reconnaissable. On se régale !
Lors de ce festival 2008, Joëlle Richetta a été provisoirement remplacée dans le rôle-titre par sa fille Anaïs, membre de la troupe depuis son plus jeune âge, danseuse et acrobate, mais à qui un peu plus de maturité donnera toute l’épaisseur nécessaire pour « habiter » pleinement ce personnage outrancier.
Geneviève DEWULF
Les Précieuses ridicules par le Théâtre du Kronope
Mise en scène Guy Simon.
La Fabrik’Théâtre, 32, bd Limbert, jusqu’au 30 juillet, 18h. 04 90 86 47 81.
En tournée tout au long de l’année (dès le 31 juillet aux Nuits Auréliennes de Fréjus avec Le malade imaginaire, jusqu’au 7 mai 2009, avec tout le répertoire).
Photo © Geneviève Dewulf