LENTEURS ASSASSINES Un texte magnifique et de fort belles intentions de départ. Mais l’intensité dramatique s’essouffle dans une mise en scène trop lente, limitant de fait l’émotion. Et la portée du message.
Philosophe, poète et dramaturge juif d’origine roumaine, Benjamin Fondane écrivit initialement « L’Exode » en 1934. Une œuvre construite autour du psaume 137, reprenant la quête de la Terre Promise par le peuple juif, fuyant le joug égyptien. Remanié au début des années 40 pour le projeter sur l’horreur de la Shoah, ce texte est souvent présenté comme le « testament poétique » de l’auteur, déporté et exécuté en octobre 1944 à Birkenau. Un texte qui est sans conteste d’une belle oralité, mais qui perd pourtant ici une partie de sa puissance.
Une émotion trop contenue Car s’il est des moments superbes au cours du spectacle, à l’instar d’une manipulation de silhouettes fantomatiques par les comédiens, la lenteur voulue par le metteur en scène ampute le discours de sa force. Sans doute, cette lenteur met en évidence le poids du drame. Mais elle rend aussi plus fastidieuse l’écoute. D’autant que le choix de prêter trois voix au poème semble contestable. La présence de trois comédiens n’apporte ni plus de relief, ni plus de puissance, ni plus d’ampleur au spectacle. Et une seule voix, associée à la magie de la flûte traversière jouée sur scène, aurait finalement été plus percutante.
Reste cependant quelques belles images : manipulations trop rares de marionnettes de fortunes, embrasement de tissus, isolement des êtres. Reste surtout l’occasion de découvrir un auteur, encore trop confidentiel.
Karine PROST
L’Exode, de B. Fondane (adaptation texte : Olivier Salazar-Ferrer )
Aux Ateliers d’Amphoux à 12h30
Avec : Erwan Alec, Anaëlle, manuelle Molinas et Eric Lysoe (musique)
Metteur en scène : Yves Sauton, assisté de Eric Freedman