LE BATTEMENT DE CŒUR DE L'OCEAN INDIEN Mâ Ravan' est un rituel à la mémoire des esclaves-marrons mais possède aussi une dimension universelle en incarnant l'espoir. Danse, chant et conte se mêlent pour offrir au spectateur une pluie de frissons exceptionnels. Tout commence comme un rituel : encens, chant de coupelles en cuivre et mains jointes. Au centre du spectacle, le ravanne, tambour sacré commun à tout l'Océan Indien, ouvre le rituel et invite à la transe. Il est caressé pour rappeler les vagues mourant sur une plage. Il est battu en cadence pour faire battre le cœur des esclaves traqués par les maîtres.
Ce spectacle peut choquer les néophytes : des mains ont cachés les yeux des spectateurs face au collier de mains coupées exhibé dans une danse de douleur, symbole d'une mise en garde pour les esclaves rebelles. Les yeux révulsés d'un danseur en transe, l'égrainement des noms d'esclaves ou encore le ravanne incarnant la pleine lune font basculer le spectateur dans un monde situé au-delà de l'Océan Indien et au-delà de la réalité. Il peut aussi rester une danse grouillante et exotique pour ceux qui ne sauront pas saisir les symboles subtils du puissant métissage : références à toutes les religions, à toutes les traditions malgaches, africaines et autres.
Epure et pureté Mais tous pourront saisir la pureté qui émane de la grâce des danseurs, le frétillement de leurs mains semblables à des oiseaux, révélant en réalité le tremblement du condamné à mort.
Ce spectacle merveilleux offre une vraie réflexion sur la condition humaine et dépasse le cadre de l'esclavage et l'Océan Indien. Et comme le dit à juste titre Manuel Césaire, le neveu de feu l’écrivain, à propos de Mâ Ravan' : « L'espérance du devenir, loin d'une mélancolie stérile, ou d'une violence vaine. » Intense et à ne pas rater !