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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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Statues 66 (Avignon OFF)

LA PIECE FONDATRICE DU OFF

Pour tous les spectateurs du Off et d’ailleurs qui ne sauraient considérer le théâtre comme un simple digestif, voir – ou revoir – Statues est un acte indispensable.  Pas seulement ni tellement pour commémorer un anniversaire, mais parce que cette pièce, à l’époque de sa création , évoquait déjà une sorte de fin du monde.

Ou d’un monde plutôt… Et posait des interrogations quant à l’avenir d’un certain théâtre aussi, héritier de Brecht, Ionesco, et surtout Beckett.

Un homme et une femme entrent sur le plateau. Chacun est muni d’un cube sur lequel il se juche. Commence alors une insolite conversation à bâtons rompus sur l’état du monde. Celui du théâtre aussi et d’abord – il y est question de « théâtre popol » (politique) et de «  théâtre totol » (total). On joue à déconstruire les mots, les phrases et la langue. De temps à autre, une petite fille, leur fille, apparaît et vient les rappeler à une improbable réalité, si elle existe. A chacune de ses interventions, ils lui donnent un nom différent. On voit passer aussi un personnage muet (Atlas) portant le globe…


Un anti spectacle  d’une étonnante modernité

On est plutôt étonnés de voir à quel point cette pièce irracontable et très drôle, âgée de quarante-deux ans – dont son auteur dit ne pas avoir modifié une ligne – cet anti spectacle à l’architecture post-beckettienne, a conservé un pouvoir puissant d’évocation de notre monde et une plus qu’évidente modernité. Sauf qu’aujourd’hui on a encore du mal à discerner d’où pourront venir les changements souhaitables… et sous quelles formes, mais ils viendront certainement…

C’est toute la dimension paradoxale – probablement prémonitoire – de ce théâtre – dont on pourrait trouver bien d’autres exemples dans ce Festival Off 2008 – que de se vouloir, en même temps que désespéré, surtout pas désespérant, mais au contraire, farouchement optimiste…

                        Henri LÉPINE (Avignon)

Statues  66
Texte d’André Benedetto
Avec Hélène Raphel, Corinne Derian, Claude Djian, Farid Boughalem.
Théâtre des Carmes, 6 place des Carmes, à 15 h 30 jusqu’au 2 août 2008.
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