DES ETRES DISSEQUES La pièce de l’auteur américain Tennessee William écrite en 1944, initialement destinée au cinéma, a connu de nombreuses adaptations au théâtre. Actea en propose ici une version épurée qui met en perspective les mécanismes au cœur des personnages. Tom, le narrateur, véritable voix off de la pièce, joue aussi le rôle du fils. Il commence en nous présentant les personnages et une analyse détaillée du contexte historique de l’Amérique d’après-guerre, pour asseoir la pièce dans son contexte.
La ménagerie de verre dresse le portrait intime d’une famille dont chaque membre vit dans un monde imaginaire. Laura, la fille, rendue d’une timidité maladive par une petite infirmité, passe sont temps à s’occuper, seule, de ses sujets de verre. Amanda, la mère, possessive et directive, se complait dans la mémoire de sa beauté passée et des riches galants qui se pressaient au pas de sa porte. Malheureusement, celui qu’elle choisit l’abandonna. Il plane sur la pièce en filigrane, comme un spectre dont on ne voit que la photographie en noir et blanc. Dernier personnage de la toile, Tom, le fils qui travaille dans une usine pour subvenir aux besoins de sa famille, mais rêve de suivre la trace de son père : partir à la découverte de grands horizons pour ne jamais revenir.
L’espace d’une soirée tout ce petit monde est bouleversé par l’arrivée de Jim, galant invité par le frère, qui va offrir à Laura sa part de rêve éveillé.
Entrer dans l’intime
A mesure que la pièce avance, on perce au cœur de chaque personnage pour en découvrir ses fêlures, ses rêves, ses peurs et ses joies aussi.
Les êtres, au centre du dispositif, sont vus dans leur quotidien et l’on observe leurs mécanismes de pensée et d’action. Pour accentuer ce focus, la mise en scène d’Olivier Lopez s’appuie sur un décor sobre mais porteur de symboles. Les personnages sont enfermés dans un long couloir étroit. Ils s’assoient sur des fauteuils trop petits pour eux et on a l’impression de voir des hommes mal à l’aise dans une maison de poupée.
La scène, délimitée par un cadre noir, donne un caractère cinématographique au spectacle.
Quelques images d’époque projetées et le son du gramophone viennent parfaire la mise en époque.
Quant aux quatre acteurs, ils apportent de la matière à leurs rôles. Notamment Virginie Boucher qui campe une mère tout droit sortie du passé et Marie-Laure Baudain qui nous offre la composition d’une Laura enfantine et désemparée très attendrissante.
Anne CLAUSSE
Photo © Philippe Pierre
La Ménagerie de verre - De Tennessee Williams - durée : 01h50
L’ENTREPOT, 1 ter bd Champfleury, 10h45 du 10 au 31 juillet
Avec : Marie-Laure Baudain, Virginie Boucher, Rodolphe Dekowski, Jean-Pierre Dupuy
Mise en scène : Olivier Lopez
Costumes : Angela Seraline