NI BORGES NI GOYA NE S'Y RETROUVENT... D’une compagnie comme Akté, on attendait une démythification en règle des icônes littéraires et picturales, comme elle l’annonçait. On n’obtient qu’une révolte d’adolescents survoltés...
Et pourtant, l’idée originelle était excellente. Excellente idée que ce croisement de deux expériences et deux langues (français-espagnol) ! Excellente mise en scène, qui juxtapose en deux espaces distincts ces deux bons acteurs que sont Julien Flament et Arnaud Troalic. Excellente idée que le surtitrage télécommandé par les acteurs, sur un rythme endiablé...

Hélas, cette troupe, dont on connaît par ailleurs le beau travail, s’est ici fourvoyée. Le dynamitage du monde n’est ici qu’un pétard mouillé - mais assourdissant et inutilement agressif -, et il rate totalement sa cible. Eructer des grossièretés ne suffit par à pervertir le langage - sauf pour un ado en révolte -, et borner ses rêves de déboulonnage des idoles à profaner une tombe et entrer par effraction dans un musée, se révèle bien inepte, voire pitoyable. Si la scène de confrontation, racontée, entre Borgès et son admirateur est vraiment jubilatoire, en revanche acheter une canne blanche et des lunettes noires pour mimer sa cécité ne discrédite en rien la pensée du maître.
Quel dommage, car une vraie dénonciation de toutes les atrocités, ici rapidement énumérées, eût été vraiment salutaire. Et une déconstruction-reconstruction de l’univers culturel était également attendue, à laquelle le public était tout prêt à adhérer.
Or le texte de Rodrigo Garcia, oeuvre de commande à la gloire de Borges ( !) - et de jeunesse -, demeure à la surface des choses et ne manifeste qu’une subversion de façade. Le public d’ailleurs n’a offert que quelques applaudissements de courtoisie.
Par ailleurs, attention, comptez 2h (15h-17h), et non 1h05 comme annoncé (15h-17h) ! Le spectacle se joue à la Patinoire, quartier de Saint-Chamand (scène et salle plus vastes), avec aller-retour en car.
Geneviève DEWULF (Avignon)
La Manufacture, 2, rue des Ecoles (billetterie), 04 90 85 12 71, du 7 au 27 juillet, relâche le 21 juillet, durée 2h.
Texte de Rodrigo Garcia.
Interprètes : Julien Flament, Arnaud Troalic.
Mise en scène : Arnaud Troalic.
Photos Geneviève Dewulf