Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.
Un couple banal, un petit village, une maison, une cousine sourde et muette, un jardin, une cave, des membres d’un corps humain retrouvés dans un train, un meurtre, une tête introuvable, des rêves, des actes, une femme coupable … Tout cela c’est l’Amante anglaise, pièce que Marguerite Duras a écrite en s’inspirant d’un fait divers. Marguerite Duras s’est appliquée à reconstituer cette histoire en en faisant une enquête sur la psychologie du personnage de Claire Lannes, la meurtrière. Pour avancer dans cette connaissance du personnage on trouve Pierre Lannes, le mari et un intervenant, complètement inventé par Duras, l’interrogateur. L’interrogateur est une sorte d’entité abstraite qui confère à la pièce une profondeur des plus troublante, il n’est ni juge, ni policier, ni psychologue et pourtant il interroge, il insiste et veut comprendre. C’est d’ailleurs sur l’ambiguïté de l’interrogateur que repose toute la scénographie qui joue habilement avec les spectateurs en les incluant dans la pièce, puisque des gradins sont installés sur le plateau de la scène et que les personnages. Claire et Pierre, sont interrogés sur un espace restreint du plateau. Ceux-ci sont encerclés par des spectateurs placés dans une position de voyeurisme malsain, ou de juges illégitimes comme dans M le maudit de Fritz Lang. De plus, la voix off de l’interrogateur, qui ne s’incarnera que dans les dernières minutes, forcé de constater son échec, fait s’accroître la dimension inquiétante de la pièce. Pierre et Claire sont comme pris au piège au milieu d’une arène.