COMEDIE D’UNE VIE... SOUS TOUS « RAPPORTS » Dès l’entrée, le ton est donné : deux spermatozoïdes fécondant le même ovule... s’unissent et forment un mutant ! C’est la comédie de la vie, de sa vie, que raconte Grégoire. Comédie, parce qu’il dénonce les faux semblants, et que comme Figaro il prend le parti d’en rire. Comédie de la vie, parce que le récit est une remontée dans ses souvenirs, pour reconstruire un moi qui en a bien besoin... Mais la remontée est cahotante, jubilante, rocambolesque, douce-amère ; le public lui emboîte le pas dès les premiers mots, il est immédiatement de plain-pied avec Grégoire, ce Grégoire qui aurait pu être Nicolas, ou quelqu’un d’autre, ou même autre chose. Ce Grégoire qui affirme avoir eu une enfance heureuse, lui qui a été un enfant de l’amour, dans une famille farfelue. Ce Grégoire qui ne comprend pas toujours ce qui lui arrive mais qui tente de retrouver un sens a posteriori. On se sent bien dans ce texte, dans ce parcours à l’envers - mais dont l’absurdité nous remet bien souvent à l’endroit, avec les pendules de notre propre vie remises à l’heure, la bonne !
Le texte est intelligent, aussi bondissant que l’interprète, les saillies et jeux de mots ne sont jamais gratuits, la « philosophie » jamais prétentieuse. Avec quelques objets sortis peu à peu d’un coffre, l’acteur construit un univers, au fil de la mémoire de Grégoire - qu’il déconstruit savamment. Mikaël Chirinian a du talent, sait occuper l’espace, ménager ses effets, jouer sur tous les registres, jusqu’à celui de l’émotion étranglée. Le rire du public est un rire de sympathie, jamais de moquerie ou de compassion. Cette existence atypique - d’un anti-héros du quotidien - qui jaillit devant nous, nous est-elle vraiment si étrangère ?
Geneviève DEWULF
Théâtre des Halles – 14h00
Photo © Geneviève Dewulf