Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.
Le lundi 6 février 2006, dans le plus joli laboratoire artistique dAvignon les Trois Pilats , Régis Rossotto, comédien amoureux fou des écrits de Gaston Couté, présentait une maquette de son futur spectacle sur le grand homme, en textes et en chansons.
Jaimerais bien voir une maquette de spectacle comme ça tous les jours ! Ne serait-ce que pour le choix de lauteur, Gaston Couté, que Pierre Mac Orlan qualifiait de « poète paysan dont le renom grandira tout dun coup, un jour quelconque dans lavenir ».
Ce type mort en 1911, avant la Grande Boucherie de 1914-1918, est un écrivain extraordinaire. Il a un sens flamboyant de la langue et du style. Il attaque au ventre, il attaque au sexe, il attaque au cur : « Cette nuit, pour passer ma rage/De ne pouvoir tavoir longtemps,/Jai fait lamour comme un carnage,/En gueulant, griffant et mordant.
« Jai fait des bleus sur ta peau blanche/À grands coups de baisers déments :/Ton corps est un champ de pervenches /Va trouver tes autres amants ! » Je cite cet extrait pour montrer à quel point cette poésie est indispensable et accessible à toutes les personnes sensibles de la terre.
Sûr que le hasard na rien à voir avec la rencontre de Régis Rossotto et de Gaston Couté. Le comédien doit se reconnaître dans ce « gâs qua mal tourné », dans celui dont les « yeux inquiets vont de la terrasse [dun café]/Au clair va-et-vient des femmes qui passent », dans cet homme qui pense que le Christ nest quun mannequin au service des riches et dans celui qui juge que le maître décole nest « quun grand malfaiseux devant la Nature »
Dans cette « maquette », Régis Rossotto semble parfaitement à laise. Il arbore un air candide, faussement sûr de lui. Il promène son aisance, en osmose avec son frère darmes poétiques. Il sourit sans cesse, sans doute pour ne pas montrer son âme qui saigne. Il est très émouvant, autant par son jeu que par son chant. Sûr quavec ce spectacle « la mouesson est mûre et les blés sont blonds ».
Quant à Léna Chambouleyron, elle lui donne la réplique instrumentale et textuelle avec grâce, finesse et ironie jolie.