Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.
Les cinq théâtres conventionnés dAvignon ont créé un festival en hiver intitulé Scènes dAvignon et compagnies, avec laide de la Drac, de la région Paca, du conseil général de Vaucluse et de la municipalité dAvignon.
La règle du jeu est simple : chacun des cinq théâtres accueille deux fois un spectacle qui na pas de scène pour se produire. Cest un coup de pouce généreux à de jeunes troupes sans aire de jeu. Comme le dit joliment Gérard Vantaggioli, du Théâtre du Chien-qui-Fume : « Il sagit de partager nos outils avec des artistes jeunes qui ont du talent mais qui, pour linstant, nont rien dautre. »
Ce qui surprend le plus les organisateurs, cest le succès public de cette manifestation. Les salles sont pleines à chaque représentation. Ça fait un bien fou de voir tous ces gens curieux et attentifs.
Saint Elvis
Malheureusement, je commence très mal ce festival avec Saint Elvis, de Serge Valletti. La pièce est totalement inintéressante et ne mérite pas que je my attarde. Dhabitude, pourtant, jaime bien ce quécrit Serge Valletti, mais là Les comédiens donnent tout ce quils peuvent, mais rien ny fait : je mennuie mortellement. Et ça dure près de deux heures !
Le Monte-plats
Ça ne sarrange pas beaucoup avec Le Monte-plats. La pièce de Harold Pinter est très intéressante par son sens aigu de lobservation de lêtre humain et par son humour caustique. Mais la mise en scène et les comédiens ne sont pas à la hauteur. Ils sont trop propres et manquent de folie. Je serai quand même moins sévère quune spectatrice qui me disait, dune formule lapidaire, à la sortie : « Cest à chier ! »
La Métamorphose
Ça saméliore avec La Métamorphose, de Franz Kafka, adaptée et mise en scène par Tiphaine-Anne Piffault. Le spectacle montre bien la difficulté que nous avons tous à communiquer avec des êtres différents et à, sinon les apprécier, du moins les tolérer. Quand nous nessayons pas carrément de les éliminer. Laurent Prévot (Grégoire Samsa) me semble un bel acteur en devenir. À linverse, je nai pas apprécié le jeu des trois autres comédiens à cause du parti pris dinterprétation mécanique, voire hystérique que leur impose leur metteuse en scène. Je le regrette dautant plus que Fabienne Augié, Vigjaya Tassy et Richard Grolleau me paraissent posséder une généreuse personnalité.
Laurel et Hardy vont au paradis
Le niveau monte encore dun degré avec Laurel et Hardy vont au paradis. Les deux hommes sont dans un no mans land spatial et temporel. Ils doivent construire un mur, guidés par des « instructions » écrites très précises.
La pièce de Paul Auster ausculte en premier lieu un problème qui concerne la majorité dentre nous : accomplir un travail routinier, répétitif, plutôt absurde et sans doute inutile. Combien dhommes et de femmes perdent leur vie à la gagner ? Jai le sentiment quon ninsistera jamais assez là-dessus. Par ailleurs, lauteur sonde nos rapports conflictuels ou résignés avec la hiérarchie interne (« Qui ta fait le chef, Ollie ? ») et le pouvoir externe den haut, ici dautant plus menaçant quil est invisible. Enfin, je crois y déceler une étude de couple, de tous les couples, où lun veut dominer lautre. En osmose avec le texte, le décor est superbe (réalisation des pierres : Christine Bazin), la mise en scène fluide et efficace (Nathalie Chemelny). Laurent Provots interprète correctement et avec rugosité Hardy. Mais Jean-Luc Blaix inocule avec éclat une vraie folie à son Laurel. Sa composition dégage beaucoup de charme.

Petite séance d« échauffement nationaliste ».
(Carlos Martins, Rodolphe Blanchet
et Nicolas Violin.)
Enfin vient lexplosion : Froid, de Lars Norén. En Suède, trois jeunes gens sennuient. Deux dentre eux viennent dobtenir leur baccalauréat. Il faut fêter ça ! Ils sy emploient avec application. À coups de bières, de plus en plus nombreuses. Lalcool aidant, les discours nationalistes se réveillent et déversent leur coulée de lave haineuse. Celle qui vitrifie la pensée et permet le passage à lacte. Monstrueux.
Arrive alors un camarade de classe, qui a le tort dêtre un Suédois dorigine coréenne
Froid est une pièce extrêmement intéressante. Lars Norén et Renaud-Marie Leblanc (metteur en scène doué) choisissent dexposer la peste raciste de manière frontale, sans distanciation. Nous sommes copieusement éclaboussés par le torrent des propos xénophobes et bousculés par la violence des flots.
La seule réserve que lon peut émettre vis-à-vis de Lars Norén, cest quil parie gros et, en même temps, cest tout à son honneur sur lintelligence du spectateur. Mais, conséquemment, des militants qui professent le rejet du différent peuvent se sentir confortés dans leurs convictions brunes. Pour les autres, la pièce est admirable dans son courage, dans sa précision, dans son architecture et dans lévolution de ses personnages.
Les comédiens sont tous très bien, mais joffre la palme à Rodolphe Blanchet, qui compose un adolescent à la fois con, terrifiant et perdu de haut vol. Renaud-Marie Leblanc et toute son équipe font à lauteur le plus bel enfant qui soit : un enfant dérangeant. Ils ne nous laissent aucun répit et nous sortons du spectacle essorés et pantelants.
Vivement lannée prochaine !
Laurel et Hardy vont au paradis, de Paul Auster
Compagnie Moitié raison moitié folie Bédarrides
Tél. : 04 90 23 43 86
Contact Moitié raison moitié folie
Mise en scène : Nathalie Chemelny
Avec : Jean-Luc Blaix et Laurent Provots
Scénographie : Nathalie Chemelny et Denis Rion
Création sonore : Fédéric Legras
Réalisation des pierres : Christine Bazin
Théâtre du Balcon 38, rue Guillaume-Puy Avignon
Tél : 04 90 85 00 80
Contact Théâtre du Balcon
Samedi 14 janvier 2006 à 21 heures et jeudi 19 janvier 2006 à 19 heures
La Métamorphose, de Franz Kafka
Cie La Troupe de M. Tchoum Aix-en-Provence
Tél. : 06 80 63 30 88
Mise en scène et adaptation : Tiphaine-Anne Piffault
Avec : Fabienne Augié, Laurent Prévot, Vigjaya Tassy et Richard Grolleau
Assistantes : Benoîte Piffault et Anne-Laure Rouxel
Régie et création lumière : Raphaël Verley
Régie générale : Franck Michallet
Théâtre du Chien-qui-Fume 75, rue des Teinturiers Avignon
Tél. : 04 90 85 25 87 télécopie : 04 90 86 80 68
www.chienquifume.com
Contact Chien-qui-Fume
Mardi 17 janvier 2006 à 19 heures et vendredi 20 janvier 2006 à 21 heures
Le Monte-plats, de Harold Pinter
Compagnie ArtScenicum Toulon
Mise en scène et scénographie : Philippe Chuyen
Direction dacteurs : Ivan Dmitrieff
Avec : Philippe Chuyen et Jacques Maury
Décors et lumières : Jacques Badeau
Costumes : Corinne Guilloux
Théâtre des Carmes place des Carmes Avignon
Tél. : 04 90 82 20 47 télécopie : 04 90 86 52 26
Site André Benedetto
André Benedetto
Dimanche 15 janvier 2006 à 17 heures et vendredi 20 janvier 2006 à 19 heures
Saint Elvis, de Serge Valletti
Compagnie Hi-Han Toulon
Mise en scène : Frédéric Garbe, assisté de Manon Avram
Avec : Guillaume Cantillon, Franck Magis et Laetitia Vitteau
Scénographie : Frédéric Rebuffat
Création lumière : Nicolas Le Bodic
Théâtre du Chêne-Noir 8 bis rue Sainte-Catherine Avignon
Tél. : 04 90 82 40 57
Théâtre du Chêne-Noir
Contact Chêne noir
Samedi 14 janvier 2006 à 19 heures et mardi 17 janvier 2006 à 21 heures
Tarifs : 12 et 10 , pass 5 spectacles 50