Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.
« Maimes-tu ? » En voilà une question. Un peu, beaucoup, à la folie, pas du tout, trop ou pas assez. Cette question peut savérer vitale, futile, cruciale, dépassée ou refoulée La réponse, elle, détermine nos vies privées comme publiques.
Loin de toute prétention sociologique, mais poussés par le désir de rendre compte dune série de conversations privilégiées que nous avons eues avec des personnes dAvignon, voici donc en sensible compagnie (des auteurs, deux comédiennes, deux comédiens et un musicien) livrées sur le plateau de LEntrepôt quelques variations sur la question.
Extraits
Mon fils, des fois quand il est à côté de moi : « Tu maimes, tu maimes ? » Je dis : « Ouais, je taime beaucoup ! » Après : « Tu maimes encore comment ? » Je dis : « Passionnément. » « Tu maimes ? » « Pas du tout ! » Quand on finit par « pas du tout », cest bon, on arrête.
Je suis Gong
Dans le chant de ma colère il y a un uf,
Et dans cet uf il y a ma mère, mon père et mes enfants,
Et dans ce tout il y a joie et tristesse mêlées, et vie.
Grosses tempêtes qui mavez secouru,
Beau soleil qui mas contrecarré,
Il y a haine en moi, forte et de date ancienne,
Et pour la beauté on verra plus tard.
Je ne suis, en effet, devenu dur que par lamelles ;
Si lon savait comme je suis resté moelleux au fond.
Je suis gong et ouate et chant neigeux,
Je le dis et jen suis sûr.
La première fois où elle ma embrassé, ça, ça a été lun des plus beaux souvenirs de ma vie ça a été magique, cest lun des plus beaux instants, cest comme si le monde sarrêtait. Un moment de calme, ça nous transporte, ça ma procuré beaucoup de bien.
Aline, elle me dit : « Quand je sais que je vais te voir, au moment où je te vois, jai plein de petits papillons dans lestomac, dans le ventre qui sagitent. »
Jcrois que, on pourra tout dire mais limportant cest la famille. Le reste, on verra après, on pourra te donner ce que tu veux, si ça va bien chez toi, ça va bien dans ta tête. Moi je sais que ma famille, cest comme mes habits, ça me protège du froid, cest de lamour, ça me protège de tout quoi

Forts de lexpérience des deux précédentes créations Paroles de pierres et Bleus de travail, la compagnie Mises en scène poursuit sa collaboration artistique dans une démarche transdisciplinaire et associe étroitement la population aux processus de création.
Pour cette lecture-spectacle, nous avons interrogé différentes générations dans différents quartiers dAvignon : lespace social et culturel de la Croix-des-Oiseaux, la maison pour tous de Champfleury, le centre dhébergement Le Village à Cavaillon, lécole maternelle Louis-Gros.
Maimes-tu ? À partir de cette question, nous avons interrogé à la fois la sphère privée et la sphère publique. Dans lespace intime, dans la relation amoureuse mais aussi maternelle, filiale, amicale, fraternelle dans lespace public, la parole du citoyen, se sent-il aimé, reconnu, respecté
Musique
De la mise en musique de certains textes, chantés par les comédiens et accompagnés au violoncelle, à la création dambiances sonores sur du texte parlé ou encore à la création dinterludes, la palette des interventions musicales est très vaste, textes et musiques se colorant mutuellement.
Léquipe
Avec : Ana Abril, Pascal Billon, Mylène Richard, Cheikh Sall
Musique : Guillaume Saurel
Mise en scène : Michèle Addala
Collaboration artistique : Agnès Régolo
Lumières : Frédéric Legras
Régie son : Emmanuel Gilot
Relations presse : Ève Ferragut
Graphisme : Delphine Michelangeli
Merci à toutes celles et à tous ceux qui ont nourri cette aventure de leurs témoignages.