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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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Marie Stuart (Paris)

ROYAL !

Machinerie diabolique signée Friedrich Schiller, « Marie Stuart », au-delà de l’évocation historique, s’avère une introspection remarquable d’actualité sur le pouvoir, ses intrigues en sous-main, ses chausse-trappes vertigineux, ses arcanes méandreux. Luttes et complots sont donc au programme de ce spectacle magistral.


En Angleterre, Marie Stuart la catholique est sous les verrous, embastillée par sa propre sœur, la reine Elisabeth 1ère, la protestante. Toutes deux sont héritières du même trône, l’une par le sang, l’autre par testament. Un complot est ourdi par l’entourage des deux femmes pour faire libérer la prisonnière.

MarieStuart1.JPG
Les mots de Friedrich Schiller claquent comme des coups de fouet. Le chef de file de cette vague romantique qui partit d’Allemagne et passa par la Russie pour séduire les Pouchkine et autres Lermontov ne laisse aucune chance au hasard. Ses personnages sont manipulés selon une machinerie diabolique,  véritable pressoir sensitif qui broie les âmes après en avoir extrait la quintessence, ainsi sont les grands rôles !

Une mise en scène taillée au cordeau

Une telle exactitude appelle à une rigueur extrême de la mise en scène sous peine de bafouer le texte, ce qui serait pur sacrilège. Fabian Chappuis, qui a assuré aussi l’adaptation, réalise un travail remarquable de sobriété tournant autour de la quasi seule direction des comédiens. De ce point de vue, le sans faute est atteint, c’est même le satisfecit collégial et sans réserve. Les dix comédiens servent admirablement ce texte sans jamais  céder à l’outrance déclamatoire ou à l’approximation.

Dans la mise en scène pure, Chappuis joue donc la carte gagnante du minimalisme, recentrant tout sur les personnages. A tel point qu’ils sont tous sur scène pratiquement en permanence, soit en pleine lumière, soit légèrement en retrait, spectateurs après ou avant d’avoir été acteurs. Tout le monde entend (écoute ?) donc tout. Habile procédé pour signifier ces secrets d’alcôves où les murs ont des oreilles et brouiller plus encore les pistes de ce drame mené au rythme d’une enquête policière. Seuls deux personnages apparaissent à deux reprises, sortant juste leur tête du sol, ridicules et misérables petits cloportes en collerette, sujets asservis et rampant devant la souveraine : les diplomates français. L’idée ne manque pas de distiller une pointe d’humour de bon augure.

Flagorneries de courtisans, flatteries de pacotille, trahisons qui n’osent dire leur nom, opportunisme, rapports ancillaires outranciers sont donc au menu de cette histoire qui nous tend un miroir même pas déformant de notre société d’aujourd’hui. Car, oui, nous sommes certes en plein romantisme avec cette exacerbation des sentiments qui lui est propre. Mais nous sommes aussi et surtout deux heures durant devant une scène de la vie (politique) de tous les jours avec ses croche pattes et ses coups bas, raisons d’exister de ce drôle d’animal qu’on appelle l’Homme.

Franck BORTELLE (Paris)

Marie Stuart de Friedrich Schiller
Mise en scène, adaptation et scénographie : Fabian Chappuis
Assistant à la mise en scène : Damien Bricotaux
Avec Pascal Ivancic, Philippe Ivancic, Stéphanie Labbé, Jean-Christophe Laurier, Aurélien Osinski, Benjamin Peñamaria, Sébastien Rajon, Isabelle Siou, Jean Tom, Marie-Céline Tuvache
Lumières : Florent Barnaud
Costumes : Alice Bedigis et Bertille Verlaine
Musique : Henry Purcell

Durée : 2 heures

Théâtre 13, 103A Boulevard Auguste Blanqui, 75013 Paris
Réservations : 01 45 88 62 22 du lundi au samedi de 14h à 18h30, le dimanche de 13h30 à 14h30
Du 11 mars au 20 avril 2008 le mardi, mercredi et vendredi à 20h30, le jeudi et samedi à 19h30, le dimanche à 15h30
 
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