Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.
Cest la deuxième édition du festival Cité nez clown, organisé par lassociation étudiante dAvignon « Culture.com ». Et dans ce cadre, jai assisté à la représentation de Ludor Citrik : « Je ne suis pas un numéro », au Théâtre du Balcon.
Larrivée tonitruante de ce faux Diogène, apparemment mal élevé, cheveux et barbe longs, nez de poivrot à la W. C. Fields, les pieds dans des chaussures-cartons, laisse présager immédiatement un moment hors normes. On peut sattendre à tout : quil crache, quil boive, quil danse, quil marionnettise, quil mime, quil jongle, quil prestidigite un lapin, quil converse dans une langue inconnue, quil réclame ouvertement un câlin, quil immole un intermittent (!), quil réhabilite limaginaire

Quel choc ! Voilà enfin un spectacle qui conchie le banal, qui me secoue, qui métonne, qui me dérange, qui mirrite (parfois), qui me surprend, qui me tétanise, qui me fait du bien, qui me fait rire et réfléchir, qui me laisse entrevoir des pans entiers de beauté, qui tutoie lenfance de ladulte que je suis hélas ? , devenu.
Mon enthousiasme a sa source directe dans les traces laissées par la personnalité très forte et très attachante de Cédric Paga. Cest un ouragan qui memporte grâce au rythme insufflé à Ludor Citrik par les prouesses du corps, du verbe, du mime, de la marionnette, du jonglage, du masque, du jeu électrique, dues à limmense générosité de lacteur. Cet homme-là est dans le don permanent et absolu, aussi sérieux dans le jeu quun enfant. Ce qui explique aussi des moments que jai pu croire agressifs ou provocateurs (lépisode des biscuits, par exemple).
Quant au petit rappel, à la fin du rêve, du statut des intermittents du spectacle, il est dune simplicité artistique lumineuse. Et dautant plus efficace.
Merci, Cédric Paga, pour tous ces cadeaux multicolores.