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Jai vu Cédric Paga dans « Ludor Citrik : je ne suis pas un numéro », samedi 5 mars 2005 à Avignon, et jai été époustouflé par son clown. Jai voulu le rencontrer. Entretien.
Cédric Paga a un parcours hybride dautodidacte. Il travaille sur le corps et la matière, avec un grand souci de perfection. Il sest frotté à la commedia dellarte, au buto (il le danse depuis huit ans), au théâtre « normal », mais, dit-il à propos de celui-ci : « Je ny trouve pas assez de don, de générosité dacteur. »
Concernant Ludor Citrik, il raconte : « Je lai créé en 2000 et pendant trois ans jai constamment improvisé. Le hasard permet parfois des trouvailles incroyables. Mais le travail décriture, cest un gouffre ! Par la suite, jai engagé une chorégraphe et jai entamé un dialogue dynamique avec Gilles Defacque, du Théâtre du Prato. Jy ai fait des répétitions publiques. Tout ça a fait évoluer le spectacle et, par ailleurs, je voulais lui apporter en supplément beaucoup de douceur. »
Comme je le taquine demblée sur la séquence où il « crache » des miettes de biscuit à la figure des spectateurs du premier rang, il me répond : « Mon père me faisait pareil quand javais quatre ans. » Dailleurs, cest peut-être le thème majeur de Ludor Citrik : lattirance et la répulsion. Mais Cédric le voit avec des yeux denfant : « Je nai aucun a priori, ça fait partie de la vie. Jai vu récemment un gamin qui bavait, et ses parents le regardaient avec une tendresse incroyable. Choquer pour choquer, ça ne mintéresse pas. En revanche, travailler sur des états, laisser les humeurs affleurer, aller dans les extrêmes, je le revendique. Avant, quand jallais voir des clowns, ça ne correspondait pas à ce que je voulais voir : trop sage, trop consensuel. »
« Moi, ce qui mattire, cest de revisiter la farce du Moyen Âge, avec ses outrances. Vous me dites que je choque, mais je crois que ce sont plutôt les propres limites des spectateurs qui sont mises en lumière. »
Concernant les fausses sorties de Ludor, qui mont agacé, il mexplique : « Dune part, jadore déstabiliser ! Cest peut-être pour ça que jai rencontré de lhostilité de la part des gens de la profession. Dautre part, parfois, cest le contraire, le spectacle dure plus longtemps parce que les gens ne veulent pas me quitter. Et puis, dailleurs, ce métier, cest un risque. Tu es un artisan et tu as le droit de te tromper. Moi, ce que jaime, cest me faire déborder par ma partition. Je suis candide devant les choses qui me dépassent. Dans Ludor Citrik, il y a une connexion primordiale à lenfance. Quand les enfants jouent, ils jouent à fond. Le clown, cest un croyant fervent. »
Quant à sa façon que je trouve extraordinaire de résumer en trois mots le conflit des intermittents, à la fin de son spectacle, il explique : « Je voulais mêler le clown et lintermittent, ne pas les séparer, parce que le clown, cest aussi politique ! Et puis cest déjà assez triste comme ça, je nai ni besoin ni envie de rajouter du pathos. »