Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.
En hommage à la loi de 1905, dont cest le centenaire, Serge Barbuscia a bâti un spectacle de cabaret sur le thème de la séparation des Églises et de lÉtat.
Comme le déclare le metteur en scène Serge Barbuscia : « Un spectacle pour rendre hommage à une loi, cela paraît a priori cocasse, mais peut-on vraiment rester silencieux dans cette année de centenaire ? Cette loi qui garantit à tous la liberté de conscience sest construite dans la France républicaine. Elle permet aujourdhui à tous, aux croyants, aux athées, aux agnostiques de vivre ensemble, sans contrainte religieuse ou idéologique, avec une égalité de droit. »
Ce que ce préambule ne dit pas et quon retrouve pour partie dans ce Cabaret républicain, cest que de grands hommes tels que Voltaire, Émile Combes, Jean Jaurès, Victor Hugo avaient préparé le terrain pour que cette loi en faveur de la laïcité soit adoptée. Cette loi, qui paraît aller de soi dans la France de 2006 (quoique ), a été imposée par ses flamboyants partisans, après des combats didées acharnés. La violence du verbe était souvent de mise : « Vous ne voulez pas la séparation de lÉglise et de lÉtat, mais la suppression de lÉglise par lÉtat Au lieu dune Église libre dans un État libre, vous voulez une Église soumise dans un État fort » éructait Aristide Briand ; « Celui qui tient la femme, celui-là tient tout. Dabord parce quil tient lenfant, ensuite parce quil tient le mari. Cest pour cela que lÉglise veut retenir la femme, et cest pour cela que la démocratie la lui enlève sous peine de mort » tonnait en retour Jules Ferry. Quant à Voltaire, il profère cette maxime sans appel, qui provoque en 2006 des bruissements progressivement assourdissants : « Non, monsieur, tout nest pas perdu quand on met le peuple en état de sapercevoir quil a un esprit. Tout est perdu, au contraire, quand on le traite comme un troupeau de taureaux, car, tôt ou tard, ils vous frappent avec leurs cornes. » De quoi donner du grain à moudre à nos hommes et femmes politiques actuels. Mais cette sentence et le poids de ces mots peuvent-ils encore irriguer leurs neurones nécrosés par la névrose du pouvoir ?

Pour que ce Cabaret républicain soit cuit à point, il doit être farci de deux ingrédients essentiels : lhumour et la légèreté. Clara Barbuscia (direction dacteurs) et Serge Barbuscia (mise en scène) lont parfaitement compris.
Dabord par le choix, un peu désuet mais très plaisant, de la forme du cabaret, et dune mise en scène fruitée. Textes, chansons et musiques senchaînent sur un rythme tonique.
Ensuite, les trois comédiens Serge Barbuscia, Sébastien Lebert et Aïni Iften prennent un plaisir visible à jouer, avec le sérieux denfants taquins et farceurs, qui partageraient avec leurs copains les confitures quils ont volées.
Enfin, Aïni Iften, joliment accompagnée par laccordéon de Patrick Licasale, se révèle une grande chanteuse, à la voix chaude, inspirée, émouvante, doù sourd le grondement de la révolte. Elle sait, en outre, se glisser dans la peau dun nouveau personnage à chaque chanson.
Et puis, ne serait-ce que pour réentendre des textes du très grand humoriste Alphonse Allais, par exemple, ce Cabaret républicain vaut le déplacement. Je prétends même quil peut requinquer quelques âmes esquintées.